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Wellington | Fabrique urbaine

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L'urbanisme en pratique

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URBS+ : Abréviation d’urbanisme, mais quand même un peu plus. Une revue hebdomadaire d’ouvrages et d’œuvres avec comme point commun un intérêt pour l’univers urbain, qui est aussi l’univers ultime de l’être humain.

Chaboillez

February 3, 2026 John Voisine
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Sous les eaux de Chaboillez—Etienne Prud’Homme, Édition du Noroît, 2025, 330 pages. Merci Stefan!

Série fiction (historique)

Tout au long de la lecture de cette histoire onirique et illustrée du carré Chaboillez — espace maintenant presque invisible dans la trame urbaine, et qui a été, de façon corollaire, évacué de tout sens dans le cœur des Montréalais, même pour ceux (maintenant de plus en plus nombreux, ironiquement) qui vivent à proximité — à cette lecture, disais-je, j’ai été arraché par d’innombrables irritations inhérentes aux choix artistiques et, semble-t-il, idéologiques, de l’auteur/artiste de l’ouvrage. Chaque artiste se doit de prendre ce type de position, d’avoir un point de vue vigoureux sur l’œuvre qu’il libère dans le monde, sur sa manière de la représenter et en finale, sur le message qu’il souhaite voir transpirer de cette création. Ne reste plus alors qu’à souhaiter que sa façon d’interpréter ce message trouve son public. Mais bien entendu, s’il y a un aspect de cette œuvre que l’artiste ne contrôle pas (même si la plupart tentent de le faire), c’est justement la signification que le public finira par lui donner. En s’engageant dans les pages de cette œuvre à la fois poétique, lyrique, historique et graphique, le produit d’une nouvelle génération d’explorateur de l’urbaine, le lecteur se devra d’accepter avec empathie et détachement une participation à un parcours difficile. C’est le prix inévitable de la part de qui tente de rendre, en représentation graphique et dans sa construction narrative, les rigueurs d’une recherche historique en symbiose avec ses talents d’artiste et sa voix distincte d’auteur. On ne se le cachera pas, cette proposition peut par moment devenir beaucoup (trop), même pour le lecteur engagé. Mais encore une fois, un auteur qui persiste d’une certaine façon passe aussi son propre message.

J’ai en fait reçu ce livre en cadeau d’un ami, et je dois bien admettre ne jamais en avoir entendu parler avant de l’avoir en main (malgré sa parution récente). Si l’on en fait une lecture patiente, presque archéologique, on arrive à se faire une idée des histoires aux résonances profondes, envahissantes et ténébreuses qui ont marqué cette zone, autrefois connues essentiellement pour l’ancienne brasserie Dow, du planétarium Dow et plus récemment, pour les complexes abritant l’École des technologies supérieure (ÉTS). Si on va toujours plus loin dans la mémoire collective, ce lieu était celui des gares [1] (du Grand Trunk au CN) et des hôtels, parfois même de prestige. Jusqu’à la fin des années 1950, c’était même la raison d’exister de toute une classe de travailleurs uniques, les « Black Porters », établie dans le quartier Petite-Bourgogne adjacent, à l’ouest.

LES GENS DE MA GÉNÉRATION auront aussi découvert ce lieu lors d’une exploration au Baron sport, un type d’emporium de chasse et pêche d’un genre qui n’existe tout simplement plus de nos jours. Le commerce occupait l’édifice mythique en forme de triangle, avec sa pointe au coin des rues Notre-Dame Ouest et Saint-Maurice. Ce bâtiment, longtemps abandonné, mais maintenant miraculeusement sauvé de la tourmente, s’appelle l’Espace Rodier (autrefois Édifice Rodier [2]). Il tire son nom de l’homme d’affaires Charles-Séraphin Rodier Jr (1818-1890), qui a ajouté le « Jr » à son nom pour se distinguer de son oncle, Charles-Séraphin Rodier (1797-1876), qui fut marchand, avocat et aussi maire de Montréal. Rodier Jr participa aux transformations morphologiques urbaines du secteur et sur l’île. À son décès, en plus d’être le plus grand propriétaire foncier privé sur l’île de Montréal, il était considéré comme le Canadien français le plus riche de son époque. Bien entendu, son existence même, ainsi que celle de quelques autres de sa génération, venait compliquer la rhétorique de ceux qui parlaient des Canadiens français comme incapables de faire et de participer aux affaires. Il n’existe pas une abondance de documents qui contextualise une telle vie; c’est pourquoi il était décevant de la voir, dans ce récit, essentiellement réduite en caricature, décrit « comme l’odieux personnage historique du livre, Séraphin Rodier. » Et lorsque l’on en vient à lire le monologue intérieur imaginé pour le personnage, l’auteur lui prête le niveau de discours d’un vilain à la « Marvel ». Une contextualisation historique aurait au minimum permis une meilleure imbrication des motifs aux transformations urbaines et des enjeux sociaux illustrés dans l’ouvrage.

Le voyage dans le temps, les paysages naturels et urbains que nous procurent les illustrations, leurs qualités immersives, la richesse dans l’ensemble et les détails, ainsi que la démarche autrement franche et directe de l’auteur/artiste de cette œuvre en font un ouvrage qui mérite sa part de frustrations et l’effort réfléchi qu’il sera nécessaire d’appliquer pour en absorber le contenu et se rendre au bout.


[1] En 2015, l’arrondissement de Ville-Marie faisait préparer une étude, L’évolution du Quartier des gares (Denise Caron, historienne);

[2] La division du patrimoine, de la toponymie et de l’expertise de l’arrondissement du Sud-Ouest à justement réalisé une étude de caractérisation du bâtiment qui se consulte ici.

Tags Sous les Eaux de Chaboillez, Etienne Prud'Homme, Histoire urbaine, Fiction historique, Poésie, Griffintown, Aménagements urbain

Le Griffintown de jadis

October 4, 2021 John Voisine
The City Below the Hill The City Below the Hill The City Below the Hill The City Below the Hill

The City Below the Hill—A Sociological Study of a Portion of the City of Montreal, Canada. Herbert Brown Ames, introduction by P.F.W. Rutherford, University of Toronto Press, 1972 [1897], 116 pages.

Sans rien dévoiler de la qualité de l’œuvre, ni de son propos, il est difficile de penser à un titre qui reflète mieux le contenu d’une enquête socio-urbaine, comme ceux que les réformistes de la fin du 19e siècle semblent en avoir eu le secret. Avec un titre comme The City Below the Hill, on sait immédiatement qu’on n’aura pas affaire à une tranche de vie à Westmount ou d’autres quartiers cossus à l’ombre du couvert végétal prospère du mont Royal. Aucune confusion possible avec ce que l’auteur identifie lui-même comme ce monde exclusif de la « the city above the hill, […] home of the classes. Within its well-built residences will be found the captains of industry, the owners of real estate, and those who labor with brain rather than hand » (p. 6).

Représentant du meilleur d’un homme de sa classe et des prédilections progressiste, mais conservatrice de l’époque, Herbert Brown Ames se penche ici, dans un esprit de charité et de philanthropie teinté d’une forte dose de paternalisme, sur les conditions matérielles des habitants des quartiers « below the hill ». Il s’agit d’une zone près de l’entrée du canal de Lachine, délimité à l’est par la rue McGill jusqu’au square Victoria, à l’ouest par « the city limits » (environ l’axe de la rue Laprairie), au sud par la rue Centre et le Canal lui-même, et au nord, la falaise, alors occupée par la ligne du Canadian Pacific (et maintenant aussi l’autoroute Ville-Marie). Aujourd’hui, ce sont les quartiers de Griffintown, la Petite-Bourgogne, et un petit bout de Pointe-Saint-Charles (PSC) qui animent ce territoire urbain.

Il faut bien admettre que pour l’époque et pour Montréal, l’ouvrage est unique et précurseur. Herbert Brown Ames, se retrouvant à la tête d’un consortium d’affaire familiale ; il sera de cette classe d’hommes qui profitera de la position et de l’héritage de sa famille pour consacrer une partie considérable de ses énergies à la réforme (ultimement avorté) de l’administration municipale montréalais. Il est un des organisateurs de la Volunteer Electoral League, qui, sur une plateforme de lutte contre la corruption, le portera jusqu’à se faire élire comme conseiller municipal, de 1898 à 1906.

Sur les traces de The City Below the Hill

Les dix « chapitres » présentés ici sous forme de livre ont été, à l’époque de leurs publications en 1897, absorbé par le lecteur à travers une série dans le quotidien The Montreal Star (pratique courante à l’époque). Pour en arriver à ce compte rendu, qui se voulait avant tout factuel, Herbert Brown Ames (HBA) a eu recourt à des techniques de démarchage, de prise d’information, qui ne seraient pas reniés aujourd’hui. De ce travail, l’auteur en tire un ensemble de données statistiques permettant, à défaut de comprendre dans son humanité cette population, de brosser un portrait aussi factuel que possible de leurs conditions (assez pénible) de subsistance. Comme cela était aussi en vogue à l’époque, l’auteur a représenté ses résultats sur autant de cartes du secteur, permettant ainsi de géolocaliser (19th-century style), les situations problématiques.

Même si le Griffintown, la Petite-Bourgogne et PSC du tournant d’un autre siècle se laisse assimiler, géographiquement parlant, aux quartiers que nous connaissons, on fait référence ici à un monde aussi sociologiquement qu’urbainement (pour faire un néologisme) révolu. « The city below the hill » d’alors est non seulement le cœur industriel du Canada, mais aussi un milieu de vie pour la vaste majorité des gens y travaillant de leurs mains ; des hommes, des femmes et même des enfants qui contribuent à la subsistance de leurs ménages. Au-delà de la densité des habitations, « cheek by jowl » avec les industries, le manque d’espace naturel (ironiquement, il y a maintenant un parc HBA) et un certain « overcrowding » des milieux de vie (le fléau des « rear tenements »), la vraie situation problématique est celle du déficit en équipements sanitaires (eau et égouts branchés). Ce sera le grand combat du début 20e siècle à Montréal.

Non content de faire ses diagnostiques sociaux et urbains, HBA utilisera sa fortune (et encouragera les hommes de sa classe à faire de même, sans succès) pour réaliser, entre les rues Ann et Shannon (intersection rue William), le Diamond Court, un complexe « of workingmen’s dwellings » (p. 108-109), un type de projet découlant de la philosophie du « 5 per cent philanthropy » (et comme tout dans ce quartier, maintenant plus qu’un souvenir). J’aimerais à explorer cette pratique dans l’année qui vient.

Tags The City Below the Hill, Herbert Brown Ames, Griffintown, Urban sociology, Housing

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