Une version abrégée et sans notes de ce texte parait dans la revue de la Société d’histoire et de généalogie de Verdun (SHGV), Les Argoulets (Hiver 2025 — Vol. 29, numéro 4).
Hervé Ferland est élu maire, le jeudi 20 avril 1933, pour un premier mandat de deux ans. Il fait partie de cette cohorte de maires, issue de la mouvance des années 1920-1930, que la littérature spécialisée finira par qualifier de « charismatique ». Dans sa première édition après l’élection [1-0], The Guardian—Verdun’s Leading Newspaper, titre à travers ses huit colonnes : « C.C.F. Leader is Proud of Results—Only C. C. F. Mayor in Canada ». Pour donner un sens du moment renversant que constitue cette élection, il suffit de lire le premier paragraphe de l’article :
« When the citizens of Verdun elected Mr. Herve Ferland [2-0] the Chief Magistrate, little did they think that the name of Verdun would be the basis of political banter from coast to coast. In electing Mr. Ferland, the people of Verdun have elected a man that will uphold the traditions of the French race, at the same time giving to the English minority their just desserts. Mr. Ferland is a 100% follower of Mr. Woodsworth, and as Mayor, will work for the benefit of the City. »
De plus, dans une lettre de ce même J. S. Woodsworth, député fédéral (Winnipeg), co-fondateurs et chef du nouveau parti Co-Operative Commonwealth Federation (C.C.F.), publié ce même jour au centre de la une de l’hebdomadaire verdunois, on peut lire, rendu au quatrième paragraphe :
« The movement [parlant du C.C.F.] started in the West: it may possibly attain its strongest development in the industrial east. Its sponsors were English Canadians, but its most signal success so far has been the election of a French Canadian Mayor, Mr. Hervé Ferland. » [3-0]
Toutefois, à la une de ce même journal, à la veille des élections municipales, le mercredi 19 avril 1933 [voir Image 01], l’équipe éditoriale considérait que les choses s’annonçaient tout autrement. En dessous d’un titre de presque deux pouces qui proclame « Election Battle in Full Swing », on aperçoit, dans le coin gauche, au-dessus d’une photo d’Hervé Ferland, le titre : « Fighting Hard for Election as Mayor ». Dans le même axe de la page, mais cette fois dans le coin droit, au-dessus d’une photo du candidat de la continuité, Pierre-Auguste (P.-A.) Lafleur [4-0], l’équivalant du « same old, same old » en politique municipale, on peut lire : « Expects To Be Elected Mayor of Verdun ». Dans l’article qui accompagne ces deux photos des seuls candidats à la mairie, on peut même lire :
« Although Mr. Ferland is backed by several organizations, it is expected that Mr. Lafleur will preside over the destinies of the next Council. »
Ainsi, à la veille des élections et d’après l’opinion de l’élite municipale « informée » reflétée dans la composition de cette une du Guardian, le statu quo allait tenir. Une semaine plus tard, l’élection d’Hervé Ferland à la mairie de Verdun allait renverser l’ordre et les expectatives établis.
Le « conventionnel » face à l’émergence charismatique
Rien d’étonnant lorsque l’on sait qu’à ce moment de la décennie 1930, le courant d’insatisfaction avec le « conventionnel » [5-0] des élus municipaux allait frapper de plein fouet les grandes villes canadiennes. Ces bourrasques sur la politique municipale, alimentées par les effets de la Dépression dans les quartiers urbains, allaient bouleverser de manière plus ou moins permanente l’équilibre des forces au niveau local. Typiquement, comme à Verdun, ce phénomène se caractérisait par la capture de la première magistrature par un individu reconnu pour sa fougue populiste, son charisme indéniable ainsi qu’une facilité à trouver, à s’adresser et à mobiliser directement son électorat. Le plus souvent, cela s’accompagnait d’un discours lourd d’idéaux traditionnels et d’initiatives « pleines de bons sens », mais aussi, ironiquement, d’une inclination progressiste ou socialiste dans leurs propositions et tendances.
Celles-ci se présentent le plus souvent comme des mesures permettant de mettre l’appareil municipal au service des classes laborieuses, ouvrières et moyennes en déchéances, pour cause de Dépression. L’émergence d’une gauche populiste à Verdun découle toutefois d’une dynamique bien spécifique, puisque, pour réussir, elle devait sublimer d’importantes barrières : linguistique (anglais-français), confessionnel (catholique-protestant) et socioculturel (référents sociaux et culturels différents). De plus, le profil socio-économique de Verdun était légèrement « upside-down » par rapport à la norme provinciale. En effet, une classe de propriétaires francophones très conscients, solidaires et organisés politiquement est face à une majorité anglophone, qui était aussi majoritairement leurs locataires. Ce contexte avait, jusqu’à ce moment dans l’histoire municipale verdunoise, assuré un fractionnement en faveur des élites locales « conventionnelles ». Mais après trois années de situation dépressionnaire, un réalignement des forces politiques locales allait permettre de briser ce « conventionnel » et de délivrer un premier mandat de deux ans à Hervé Ferland. Tout ceci fait de Verdun, troisième plus grande ville au Québec par sa population et neuvième au Canada [6-0], un cas inclassable. Même par rapport au puissant voisin municipal montréalais, qui, à la même époque, sera gouverné durant de nombreux mandats [6-1] par son non moins charismatique et légendaire maire, Camillien Houde.
L’historien canadien John H. Taylor a été le premier à diagnostiquer le caractère « charismatique » des maires de la période 1920-1930. Cette écharpe invisible (le charisme) leur permettait de transcender les alignements politiques convenus et de rassembler des coalitions d’opportunités, plus ou moins effective et durable. D’ailleurs, avec un mandat cumulé de six ans (par tranche de deux ans), Hervé Ferland est parmi ceux qui ont su faire durer le plus longtemps son passage en tant que timonier de sa ville. Cette durée de trois mandats consécutifs, sans interruption sur six ans, est probablement un des facteurs dans l’héritage durable laissé par l’administration du maire Ferland. Alors, avant même de parler de ces trois mandats, nous allons consacrer cette première chronique à parler de ce qui fait de Verdun un cas paradoxal, à la fois inclassable et exemplaire parmi les grandes villes canadiennes qui affrontent les rigueurs de la Dépression.
IMAGE 02—The Guardian, le 3 mars 1933, en bas à droite de la page trois—Publicité pour le commerce de corset bien connu d’Hervé Ferland. Le slogan, « Will Fit You » devait faire l’envie de tous. On trouve maintenant à cette adresse (4611, rue Wellington) la Maison de thé Cha Noir.
IMAGE 03—The Guardian, le 17 février 1933, au centre, en bas de la page titre—Une des première photo d’Hervé Ferland dans l’hebdomadaire anglophone. Lors de son élection en tant que premier vice-président de la Chambre de commerce de Verdun.
IMAGE 04—The Guardian, le 27 janvier 1933, photo à la une, juste en bas du pli—Charles M. Allen, maire sortant, choisi de ne pas se représenter en 1933, laissant le champ livre à un nouveau venu. Allen fut le 14e maire de Verdun et le fils du 6e (1900-1901) et 10e (1907-15) maire, Joseph Allen. Ceci est caractéristique de la politique « conventionnel » dans le monde des corporations municipales, tel qu’identifié par l’historien canadien John H. Taylor.
Hervé Ferland, le « Maverick »
Ainsi, Verdun n’est jamais mentionné dans l’article de John H. Taylor et on ne peut maintenant que spéculer sur les raisons [7-0]. Cependant, sans doute que le côté hétérodoxe de l’électorat et des coalitions (sociolinguistiques et socio-économiques) qui entrent en jeu lors de l’élection des maires à Verdun y est pour quelque chose. Les autres maires « à la Mancha » canadiens ont compté sur un fractionnement des coalitions « conventionnel » (et autrement assez homogène) afin de prendre les commandes. Ces coalitions étaient composées d’élites locales, de gens d’affaires et de gens des professions libérales actifs dans leurs associations locales et provinciales. Ils étaient aussi actifs dans leurs Chambres de commerce respectives (mouvement « boosterism », particulièrement actif à l’époque) ou dans les clubs formés par les partis politiques (libéraux et conservateurs) au niveau provincial et fédéral. Mais contrairement aux États-Unis, les grands partis politiques canadiens, à l’exception justement du Co-Operative Commonwealth Federation (C.C.F.) naissant, ne possèdent pas de branche au niveau municipal. C’est aussi en partie ce qui explique, selon Taylor [7-1], l’infiltration des idéaux socialistes au niveau municipal au Canada. Quand Hervé Ferland se lance dans la joute politique locale à Verdun, il le fait avec les attributs classiques de cette élite urbaine. En effet, il est à la tête d’une compagnie homonyme ayant pignon sur Wellington et il venait même de se faire élire premier vice-président de la Chambre de commerce de Verdun ! [voir images 02 et 03]. Il bénéficie donc déjà d’un nom reconnu et d’une position en vue dans la Cité. Il avait toutefois en lui assez du franc-tireur, du non-conformiste, du « maverick » (comme l’auraient appelé les anglophones), pour balayer l’ordinaire de la politique municipale. D’ailleurs, dans ses discours tels que rapportés dans The Guardian durant la campagne, Hervé Ferland se rangeait toujours du côté populaire, et toujours avec une verve populiste [7-2]. Un autre facteur local qui contribuera à sa victoire est le fait que le maire sortant, Charles M. Allen [voir image 04], ne se représente pas. Un autre candidat potentiel, Casimir Allard [image 05] « échevin de la Cité de Verdun, 1913-1933 » et « [u]n des courtiers en immeubles les plus en vue de la municipalité », se retire de la course après que Pierre-Auguste (P. A.) Lafleur refuse de lui laisser le champ libre. Ce dernier, député provincial conservateur et conseiller municipal, sera finalement le seul adversaire d’Hervé Ferland.
IMAGE 05—The Guardian, le 7 avril 1933, en bas à droite de la page titre—Avant de retirer sa candidature pour le poste de maire, des sympathisants, l’homme lui-même (Casimir Allard) ou probablement une combinaison des deux a fait paraitre, bien en vue, ce « Advt » afin de promouvoir ses qualités pour le poste.
IMAGE 06—The Guardian, le 10 mars 1933, première page—On aurait cru qu’avec la campagne continue sur le « Franchise Steal » menée par l’hebdomadaire, tous les Verdunois (surtout la majorité anglophone et locataire) seraient au courant et mobilisé. Manifestement, ce n’était pas le cas, et cet encart au centre de la une du journal existe pour remédier à cette situation.
« The Franchise Steal »
Les quelques semaines avant les élections municipales du 20 avril 1933 avaient aussi été particulièrement mouvementées pour les élus municipaux de Verdun, et ceci en raison de manœuvres au niveau de l’Assemblée législative de Québec. La Ligue des propriétaires de Verdun (LPV), nouvellement formée en 1932 afin de défendre les intérêts des propriétaires, était sur le point de faire voter à Québec une mesure qui allait complètement renverser l’équilibre de la « convention » municipale.
IMAGE 07—The Guardian, le 17 mars 1933, en haut au centre de la une—Dans l’affaire du « franchise steal », l’hebdomadaire anglophone de Verdun y va d’un éditorial « coup de poing » qui tente de dramatiquement résumer les enjeux pour son lectorat. Bien entendu, affirmer de go que « Quebec Government Goes Back Several Centuries in Taking Right to Govern From Large Class of Citizens of Verdun » est risible (surtout qu’à l’époque, Verdun existe comme ville depuis seulement 1907 [voir note 8-A] et la notion de gouvernance municipale au Québec, depuis seulement 1840). Mais ce court pamphlet fait quand même valoir plusieurs points qui étaient (et demeurent) assez inconnus par rapport à la gouvernance des villes. Mais contrairement à ce que semble laisser entendre l’article, ceux-ci sont valides pour tout le pays, et pas seulement le Québec, puisque c’est la constitution canadienne qui fixe ce rapport. Ou plutôt, qui n’en parle pas, laissant ce champ libre aux provinces.
Il y a toutefois quelque chose de légèrement indécent à utiliser une référence au célèbre discours du président Lincoln prononcé durant la guerre de Sécession américaine (« government of the people, by the people, for the people ») dans le contexte où il n’est question que d’un transfert de pouvoir dans l’environnement d’une gouvernance de type corporatif. On ne parle quand même pas d’une lutte pour le droit absolu à ne pas être réduit en esclavage. Pour illustrer à quel point ce traitement d’une ville par la province est chose commune, on rappellera qu’au début des années 1940, le gouvernement du Québec placera la Ville de Montréal sous tutelle et que, par la suite, la franchise sera fortement restreinte, et ce, jusqu’aux années 1970 (trente ans).
Sur la notion de gouvernance municipale, on consultera : Les premières institutions municipales au Québec, ou « machines à taxer ». Jacques L’Heureux, Les cahiers de droit, volume 20, numéro 1-2, 1979, p. 331-56.
Ainsi, à cette époque, la trame viaire et le cadre bâti de Verdun est caractérisé par un développement en mode duplex et triplex de (longues) rues résidentielles nord-sud qui intersect de manière rapproché de longues artères commerciales est-ouest, avec sur ceux-ci des bâtiments à usage mixte. On trouve ainsi une abondance de petits propriétaires, souvent résidents et en majorité francophones. Le triplex représente, pour ces propriétaires-résidents, un investissement générationnel, tout en étant une source de revenus irremplaçable. Leurs locataires sont pour leur part en majorité des ménages d’origines britanniques, souvent de première génération et ayant maintenu de forts liens culturel, politique et idéologique avec « the old country » [8-0].
Au plus profond de cette décennie de Dépression et comme pour ajouter à l’angoisse de ces petits propriétaires, la Commission de chômage de Verdun (CCV) allait bientôt prendre en charge la totalité du secours direct; la CCV devenait ainsi un organe de la municipalité [9-0] (de nos jours, on dirait une organisation paramunicipale). Plus que jamais, pour les propriétaires, il devenait urgent de s’assurer du contrôle sur les taxes foncières. En effet, la majorité des électeurs appartenaient à une autre classe (locataires) et à une culture non assimilée, perçues comme ayant des intérêts irréconciliables par la minorité francophone. Toutefois, dans un renversement de circonstance unique dans la province, cette minorité (francophone) locale était représentée par une élite en mesure d’activer plusieurs leviers de pouvoir là où ça compte en politique municipale, c’est-à-dire à Québec. Donc, durant la seconde moitié de l’hiver 1933, juste avant les élections municipales du printemps, la LPV déploie son lobby auprès du gouvernement libéral provincial du premier ministre Louis-Alexandre Taschereau afin d’amender la Charte de la Cité de Verdun. Elle exige la création d’un comité exécutif avec le contrôle sur les finances de la Cité et, pour s’assurer de ce contrôle, le comité allait être composé de conseillers municipaux élus exclusivement par les propriétaires de Verdun [9-1]. Cette manœuvre, que The Guardian qualifie dramatiquement (mais justement) comme « The Franchise Steal » [voir image 06], sera au bout du compte adoptée [9-2] par la législature provinciale. Mais le prix de cette manœuvre sera, sur le plan local, le début de la création d’un fort ressentiment dans la population anglophone majoritaire [voir image 07—on en viendra à assimiler cette lutte à celle de la Guerre de Sécession américaine], qui perd son mot à dire sur la moitié du conseil municipal de la Cité [voir image 08 et la note [9-1] sur le fonctionnement spécifique du système]. Presque un mois plus tard, lors des élections municipales, c’est sans doute un des facteurs clés dans l’effondrement de la coalition « conventionnel », fracassant ainsi toutes les barrières en faveur du charismatique, populaire et populiste Hervé Ferland.
IMAGE 08—The Guardian, le 31 mars 1933, encart paru en haut à droite de la page trois—Après la sanction du 29 avril 1933, les modifications à la « Charter of the City of Verdun » entrent en vigueur. Cette « Public Notice » fixe les termes de l’élection municipale, dont ceux effectifs suite au « Franchise Steal ». Tous les « Seat No. 1 » dans chacun des quatre « wards » de la Cité seront ainsi élus par les « elector-proprietors » du quartier visé. Le « Seat No. 2 » de chaque district est élu « by all municipal electors of the Ward. » Il en va de même pour le maire.
Hervé Ferland échappe au destin de Don Quichotte
L’historien John H. Taylor parle de maires « à la Mancha » pour souligner le fait que la caractéristique dominante de ces acteurs éphémères de la scène municipale canadienne est justement ce côté qui les conduits à se perdre dans de vaines luttes, des batailles égoïstes et sans lendemain. Dans la plupart des cas, ils ont été incapables de laisser un héritage politique ou organisationnel en mesure de faire perdurer leurs gains politiques. Un peu comme si, à la manière du héros de Cervantès, leurs combats étaient toujours contre des objets réels, mais sans rapport avec les remèdes recherchés. On se rassure par contre en constatant que sur ce point précis, les trois mandats du maire Ferland ne correspondent pas au modèle présenté par Taylor; le nom du maire Ferland semble bien oublié dans les rues et les avenues du Verdun contemporain, mais nous vivons toujours dans un cadre urbain façonné par sa vision [10-0]. Son style oratoire et sa façon de faire de la politique se conforment toutefois avec le modèle « charismatique » de Taylor.
Ce n’est que le début de l’histoire
Nous allons ainsi entamer une série de quatre chroniques pour mettre en lumière ce maire singulier de l’histoire verdunoise, mais aussi provinciale. Nous espérons pouvoir le démontrer dans ces chroniques futures de manière convaincante. Ce qui s’est passé durant ces six années à Verdun, de 1933 à 1939, aura une influence déterminante sur la gestion municipale et sur la façon de procurer l’aide de l’État aux citoyens. À travers tout cela, la joute politique locale débalancé par le stress de la Dépression et la capacité presque surréaliste d’Hervé Ferland d’être un éternel candidat [11-0]. Plus difficile à évaluer, en raison de notre source unique [11-1], il y a Hervé Ferland en tant que maire francophone dans une ville à majorité anglophone. Et plus spécialement encore, Verdun avait probablement la seule population dans la province à adhérer, dans son ensemble, aux idéaux et principes du Co-Operative Commonwealth Federation (C.C.F.) de l’Ouest canadien [11-2]; le fameux ancêtre du Nouveau Parti démocratique (NPD) contemporain. Tout cela indique bien que nous nous engageons sur un terrain extrêmement fertile sur la nature des équilibres politiques et ce qui se produit lorsque ceux-ci sont bouleversés.
IMAGE 09—The Guardian, le 28 avril 1933, en bas à droite de la page quatre—Voici finalement le portrait du conseil municipal de Verdun, après les élections du 20 avril 1933, avec Hervé Ferland comme maire. Presque tous les hommes mentionnés ici joueront un rôle de premier plan dans la municipalité et parfois ailleurs, comme Edgar J. Wermenlinger, qui deviendra député fédéral (conservateur). On remarque finalement que, pour chacun des élus, on donne la profession et l’adresse personnelle.
Après les mandats à la mairie
En tout, une chronique pour chacun des trois mandats et, en dernier lieu, une quatrième afin d’offrir une synthèse et parler de sa vie après la mairie. Il connaitra la défaite en 1939 entre les mains d’Edward Wilson, son éternel rival [12-0], mais restera actif en tant que conseiller municipal. Hervé Ferland devra laisser ce siège en 1945, pour cause d’inéligibilité. Il luttera en cour pour le conserver, mais perdra et, au lieu de payer l’amende, choisira de servir neuf jours de prison [12-1]. Hervé Ferland persiste à vouloir se faire élire, mais son heure semble passée. À travers tous ces fracas publics, il travaille aussi à la société Pascal (sur Wellington?) jusqu’à sa retraite [12-2]. Il décède à Sainte-Thérèse, le 16 avril 1966, à l’âge de 77 ans [12-3]. Il avait eu quatre enfants; trois filles et un garçon [12-4].
En dernier lieu, un appel
Pour le moment, nous n’avons aucun accès à des archives privées ou des témoignages de première ou seconde mains de personnes ayant connu Hervé Ferland, sa famille ou son entourage. Si ces gens existent, svp, ne pas hésiter à entrer en contact avec l’auteur de cette chronique ; nous intégrerons et ferons une place de choix à ces témoignages dans le cours de cette série.
Sources et références
Clavette, Suzanne. Des bons aux chèques : aide aux chômeurs et crise des années 1930 à Verdun. Mémoire de maîtrise en histoire, Université du Québec à Montréal, 1986, 364 pages.
Davidson, Mary H. The Social Adjustment of British Immigrant Families in Verdun and Point St. Charles. Thesis, Master of Arts (sociologie), Université McGill, 1933, 261 pages.
Déziel, Julien. Histoire de Verdun, 1665, 1876-1976. Comité du centenaire, 1976, 237 pages.
Durflinger, Serge Marc. Fighting from Home—The Second World War in Verdun, Québec. UBC Press, 2006, 279 pages.
Statistics of Cities and Towns having a population of 10,000 and over—Municipal Statistics—1933. Minister of Trade and Commerce, Dominion Bureau of Statistics—Finance Statistics Branch, Ottawa, 1935.
Taylor, John H. Mayors à La Mancha--An Aspect of Depression Leadership in Canadian Cities, Urban History Review, Vol. 9, no. 3, 1981, pages 3-14.
Notes au texte
[1-0] Le vendredi 28 avril 1933. La première page de notre édition aux archives de la SHGV a été vandalisée. Miraculeusement, elle survie sur Google News, mais pour combien de temps?
[2-0] C’est un choix éditorial de l’hebdomadaire anglophone de ne jamais inclure les accents sur les noms ou les mots français.
[3-0] L’auteur anglophone (J. S. Woodsworth) de cette lettre avait pris la peine de correctement orthographier (avec l’accent aigu) son prénom français—ce qui est plus de considération que The Guardian n’en a jamais offert à son maire francophone.
[4-0] Député provincial conservateur pour Montréal-Verdun à partir de 1923, il remporte aussi les élections de 1927, 1931, 1935 et ensuite 1936, pour un dernier mandat, mais cette fois sous la bannière de l’Union nationale de Maurice Duplessis.
[5-0] C’est le terme utilisé par l’historien John H. Taylor dans son article sur le phénomène des maires canadiens charismatiques durant la Dépression, Mayors à La Mancha—An Aspect of Depression Leadership in Canadian Cities. Les idées exposées dans ce paragraphe sont extraites de cet article.
[6-0] Statistics of Cities and Towns having a population of 10,000 and over—Municipal Statistics—1933. Minister of Trade and Commerce, Dominion Bureau of Statistics—Finance Statistics Branch, Ottawa, 1935.
[6-1] Durant les périodes 1928-32 (4 ans), 1934-36 (2 ans), 1938-40 (2 ans) et un dernier mandat durant les années 1940, de 1944 à 1954 (10 ans). Son opposition virulente à la conscription lui vaudra d’être interné sans procès dans divers camp, du 5 août 1940 au 14 août 1944.
[7-0] Et nous ne pouvons que spéculer, puisque John H. Taylor est maintenant décédé.
[7-1] “Ironically, the non-partisan tradition may have provided the left with greater opportunities to survive in Canadian cities as compared with American ones.” John H. Taylor, Mayor à La Mancha, op. cit., p. 4.
[7-2] Dans un article en première page du Guardian, intitulé « Franchise Steal Is Successful » (édition du 24 mars 1933) sous le titre « Ferland Speaks », on lui fait dire : « if citizens were disfranchised at the whim of a few ‘bloated landlords’ and the provincial authorities, then what had happened to constitutional rights. »
[8-A] Après une « pétition » émanant de la corporation du village de Verdun, l’Assemblée législative de Québec accepte, en vertu de la loi des cités et villes de 1903, d’ériger en municipalité de ville le territoire du village de Verdun, avec sa Loi constituant en corporation la ville de Verdun (Loi 7, Edward VII, chapitre 73, sanctionnée le 14 mars 1907). Cette loi prévoit aussi pour la première fois la division de la ville en quatre quartiers (art. 6) afin d’élire au suffrage « universel » deux échevins (art. 7) pour chacun, afin de former un conseil de huit élus. Aussi, même si la loi ne le prévoit pas de manière explicite, à partir de ce moment, le maire sera élu par les citoyens (il était avant choisi parmi un des échevins élus, par eux-mêmes). Le premier maire élu par les ayants droit au vote, le 14 mai 1907, est Joseph Allen, le père du 14e maire, Charles M. Allen, celui qui précède justement Hervé Ferland en 1933. Quelques années plus tard, en 1912, à la suite d’une autre pétition, cette fois de la corporation de la ville de Verdun, l’Assemblée législative accepte d’amender l’article 1 de la loi précédente et d’ériger en municipalité de cité le territoire de la ville de Verdun, avec sa Loi amendant la charte de la ville de Verdun (Loi de 1912, chapitre 61, sanctionnée le 21 décembre 1912). Ainsi, si l’on voulait être orthodoxe, à partir de 1913 et jusque sa fusion forcée avec Montréal en 2002, il faudrait toujours dire ou écrire, en parlant de Verdun, de la « Cité de Verdun ».
[8-0] Une expressions souvent utilisé dans le mémoire de Mary H. Davidson pour désigner les îles Britanniques.
[9-0] Dans un article en haut de la première page du Guardian, paru le 31 mars 1933, on apprend que : « At the meeting [la rencontre mensuelle du conseil municipal], the city was also served with notice by the Notre Dame des Sept Douleur Conference of the St. Vincent de Paul Society that it would discontinue direct relief distribution in this city after tomorrow. » Un peu plus loin dans l’article : « The council immediately placed the relief [Verdun Unemployment Relief Commission—la Commission de chômage de Verdun (CCV)] under the charge of the city treasurer, L. J. Grondin. »
[9-1] La composition du comité exécutif des finances sera : le maire et un conseiller (le siège numéro 1), élu au suffrage des « électeurs-propriétaires », pour chacun des quatre quartiers de Verdun (chaque quartier ayant deux sièges). Le maire et l’autre siège dans les quartiers (le siège numéro 2) sont élus au suffrage « universel » — c’est-à-dire les hommes d’au moins 21 ans, sujet britannique et résident à l’intérieur des limites de la Cité de Verdun. Et comme si cette mesure n’assurait pas un contrôle assez absolu, l’article 6 (troisième alinéa) de la Loi modifiant la charte de la Cité de Verdun vient ajouter : « La qualification foncière requise pour la charge de maire et pour la charge d’échevin au siège No 1 de chacun des quartiers, est augmentée de six cents dollars à deux mille dollars. »
[9-2] Dans l’édition du vendredi 24 mars 1933, The Guardian, en haut de la première page, sur huit colonnes, titre : « Franchise Steal Is Successful » et, ensuite sur trois colonnes—« Verdun Proprietors’ League Win Fight in Legislature Attempt to Limit Voting ». À ce moment dans l’histoire, la Loi modifiant la charte de la Cité de Verdun avait été voté par l’Assemblée législative de Québec, mais n’avait pas encore reçu la sanction royale. C’est seulement le 29 mars 1933 qu’elle sera sanctionnée par le lieutenant-gouverneur, Henry George Carroll.
[10-0] Développement du littoral (boardwalk), début de la construction d’une plage, développement résidentiel de l’ouest de Verdun, prise en charge et professionnalisation des services municipaux, de l’assistance directe et des travaux publics pour l’aide aux chômeurs, lancement des travaux de l’Auditorium et du Natatorium. Mais c’est finalement sous l’administration du maire Wilson que ces deux infrastructures phares de Verdun seront inaugurées. Ceci explique peut-être une partie du silence contemporain qui se fait autour de la mémoire du maire Hervé Ferland.
[11-0] Durant sa période en tant que maire, de 1933 à 1939, en plus d’être réélu deux fois dans ce poste, il sera candidat à la faveur de toutes les élections (deux fois au provincial et une fois au fédéral) qui se seront tenues au cours de cet intervalle. Il essayera une dernière fois au fédéral en 1944. Il ne sera jamais élu député.
[11-1] Il y avait deux journaux hebdomadaires à Verdun à cette époque : The Guardian, anglophone, et Le Messager de Verdun, francophone. Malheureusement, la majeure partie des archives du journal francophone pour les années 1930 sont perdues à l’histoire.
[11-2] Fighting from Home—The Second World War in Verdun, Québec. Serge Marc Durflinger, UBC Press, 2006. Op. cit., page 176.
[12-0] Wilson, 16e maire de Verdun, sera réélu aux deux ans, jusqu’en 1960 (21 ans) ; la plus longue période à ce jour (en tant que ville et arrondissement).
[12-1] À moins d’une mention contraire, ces informations sur la dernière période de sa vie sont recueillies de la courte notice nécrologique publiée dans le quotidien anglophone The Gazette, le 20 avril 1966, page 45.
[12-2] Information trouvée dans le mémoire de maitrise (UQAM, 1986) de madame Suzanne Clavette, Des bons aux chèques : Aide aux chômeurs et crise des années 1930 à Verdun, note 27, page 50.
[12-3] Seul le quotidien montréalais anglophone The Gazette, dans un court article sur la quatrième colonne, en bas du pli, publie une notice de décès, le mercredi 20 avril 1966 (page 45). The Guardian publie un article nécrologique qui est le mot-pour-mot de celui publié dans The Gazette. Rien dans les quotidiens francophones de la métropole, comme La Presse ou Le Devoir.
[12-4] Il existe une photo de lui et de ses quatre enfants, parue en première page de l’hebdomadaire verdunois The Guardian, le 12 avril 1935, juste après sa deuxième élection en tant que maire. Il est possible de la voir sur cette page Web de l’auteur.
