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Wellington | Fabrique urbaine

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L'urbanisme en pratique

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URBS+ : Abréviation d’urbanisme, mais quand même un peu plus. Une revue hebdomadaire d’ouvrages et d’œuvres avec comme point commun un intérêt pour l’univers urbain, qui est aussi l’univers ultime de l’être humain.

The NYCHA Way

April 9, 2026 John Voisine
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Public Housing That Worked—New York in the Twentieth Century. Nicholas Dagen Bloom, University of Pennsylvania Press, 2008, 354 page.

Série Housing in New York City

La thèse que présente l’historien, professeur d’urbanisme et très prolifique auteur Nicholas Dagen Bloom dans cet ouvrage est désarmante de simplicité. Pourtant, elle n’a jamais été affirmée ailleurs aussi directement et solidement : c’est le travail constant et invisible de l’entretien et de la maintenance, en d’autres termes, d’une gestion efficace et intrusive, à la limite du paternalisme, qui assure la réussite de larges projets de logements publics. Et pour consoler l’inadéquation et cette frustration qui taraude certaines personnes formées en architecture, en design ou en urbanisme, ce n’est pas le fait d’avoir conçu de vastes parcs immobiliers avec des tours « anonyme » dans un parc d’espace « indéfendable » qui fait que la plupart des ensembles de logements publics dans les villes nord-américaines ont été un échec, au point même parfois de se voir démolir. Fini l’urbanisme Disney à la CNU (ou castrateur et limité à la Jane Jacobs). Le cas de New York nous montre au contraire qu’il existe une pluralité de voies qui conduise à la réussite urbaine en aménagement de logements publics. Mais encore faut-il accepter que de vastes complexes de logements demandent une assiduité de gestion constante, peu importe sa clientèle.

Pour réussir à nous convaincre, Dagen Bloom prend le temps de nous faire l’histoire de la New York City Housing Authority (que tout le monde appel par son petit nom charmant, NYCHA⁠ [1]), qui trouve ses origines dans les forts courants progressistes et libéraux new-yorkais du tournant du dernier siècle (20e), qui ont eux-mêmes été indispensables à l’émergence de la Housing Act fédérale américaine de 1937. Mais déjà, nous allons trop vite dans ce récit, puisque la NYCHA voit le jour bien avant même l’émergence de cette loi, au début des années 1930, avec l’administration du maire progressiste et icône d’un véritable gouvernement au service du commun, Fiorello La Guardia. Les forces progressistes de la ville, après avoir essayé et constaté l’échec de plusieurs modèles⁠ [2] de logements pour les pauvres et la masse des travailleurs, en étaient arrivées à concevoir que c’était finalement à l’État, par l’intermédiaire du gouvernement municipal, appuyé par le fédéral, qui devait prendre la responsabilité de construire et d’administrer un système de logement public.

TOUT COMME LA MUNICIPALITÉ OFFRE DIFFÉRENTS SERVICES afin d’assurer l’hygiène générale (ramassage des déchets, inspection alimentaire et à NYC, des hôpitaux administrés par la ville), s’occupe de fournir de l’eau potable à tous, de l’éducation (les écoles, de la maternelle au secondaire), des services de sécurité publique (police), de lutte contre les incendies (pompiers), de gérer des bibliothèques, des services de récréation et de détente urbaine (installations de loisirs, sports et parcs), pourquoi la ville ne pourrait-elle pas fournir du logement? Aussi, l’administrer de telle façon à en faire une forme désirable pour la clientèle éprouvée économiquement, mais pas aussi désirable au point de devenir une alternative au marché privé. C’est du germe de cette idée que la NYCHA est née. Elle avait même commencé à faire des projets avant que le fédéral vienne apporter son appui. Mais, comme le montre bien l’auteur, ce fut une relation difficile et en raison du peu de sophistication en contexte urbain de leurs homologues fédéraux, avec un double tranchant capricieux et arbitraire.

Les administrateurs de la NYCHA se sont très vite rendu compte que, pour construire et opérer des logements pour la classe populaire, il allait être impératif d’absorber les coûts fixes souvent astronomiques que peuvent représenter les sites désirables, surtout dans la centralité de Manhattan (même sous condition de slum clearance). C’est par une combinaison de standardisation extrême du design, de motifs et de matériaux de revêtement récurrent (fameuse brique rouge), des économies dans le choix des équipements⁠ [3] et même en sélectionnant des assemblages avec une durée de vie limitée (50 ans) que ce défi fut relevé. Les projets de la NYCHA se caractérisent aussi par une forte densité d’immeuble, souvent plus de 15 étages, mais une très faible densité d’îlot (couverture de terrain aussi faible que 16 %). Ce qui donne maintenant des terrains soigneusement aménagé et programmé de verdure et d’arbres mûrs très convoités dans les quartiers où ils se trouvent.

Alors, on l’aura deviné, ce qui a caractérisé les projets de la NYCHA est simplement qu’à travers l’ensemble de ses 90 ans d’existence, l’autorité new-yorkaise a toujours priorisé une gestion serrée de ses finances, un processus de sélection rigoureux pour la majorité de ses résidents et finalement une maintenance et un entretien digne des meilleurs immeubles locatifs de prestige. Tout ceci faisait partie, aussi tôt que dans les années 1930, de la vie en immeubles locatifs denses, inhérent à la culture new-yorkaise; mais c’est aussi un choix volontaire et reconnu des gens de la NYCHA. Comme l’était entre autres celui d’adhérer, dès le début, aux exigences rigoureuses des examens pour la fonction publique et de ne pas se laisser corrompre par le patronage politique, vraie gangrène des autres autorités municipales de logements aux États-Unis.

On comprendra qu’une telle performance est difficile à maintenir dans le temps, comme l’auteur en témoigne lui-même dans cette entrevue (2017). Le fait que les complexes de la NYCHA permettent encore de loger de manière plus qu’abordable partout dans la ville et le plus souvent dans des quartiers recherchés (devenus inabordables sur le marché privé) plus d’un demi-million de résidents devrait indiquer à quel point il est nécessaire de reproduire, d’adopter et d’adapter maintenant ce modèle pour Montréal.


[1] Pour ceux qui serait intéresser, la NYCHA produit chaque année un Fact Sheet; celui de 2025 est ici.

[2] Les autres modèles sont celui du logement philanthropique et, dans une moindre mesure le modèle coopératif. Ce sont des types de développement qui ont leurs forces spécifiques, non négligeables (nous en avons même plusieurs fois parlé dans ces pages). Toutefois, la capacité de loger à vaste échelle une population fragile et de se mettre sur pied rapidement n’en fait pas partie. Ensuite, il y a la difficulté de la pérennisation…

[3] Comme des ascenseurs qui ne s’arrêtaient qu’aux deux étages. On sera heureux d’appendre qu’il ont maintenant tous été remplacé par des ascenseurs normaux!


Tags Public Housing that Worked, Nicholas Dagen Bloom, Housing, NYC, Série Housing in NYC, Habitation et logement
Le mirage du préfabriqué →

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