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Wellington | Fabrique urbaine

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L'urbanisme en pratique

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URBS+ : Abréviation d’urbanisme, mais quand même un peu plus. Une revue hebdomadaire d’ouvrages et d’œuvres avec comme point commun un intérêt pour l’univers urbain, qui est aussi l’univers ultime de l’être humain.

The Land of Municipal Dreams

March 5, 2026 John Voisine
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Municipal Dreams—The Rise and Fall of Council Housing. John Boughton, Verso Books, 2018, 336 pages. [Lu en format ebook sur Apple Books]

Partie d’une série sur le logement — Aux limites du chez-soi;

Ce n’est pas tout les jours qu’un livre nous conduit à apprécier de façon bien particulière un site Web, mais indéniablement le simple site Wordpress de l’auteur, John Boughton, qui s’identifie avec le même nom que son livre, Municipal Dreams, est la source de tout ce riche et uniquement exhaustif travail sur le phénomène du Council Housing (CH) en Angleterre. Et le site offre des avantages marquants par rapport au livre, entre autres une abondante photographie des différents types de bâtiments sur les Council Estates⁠ [1]. Pour bien comprendre l’évolution et les différents types de logements proposés selon les époques, il ne faut pas se le cacher, en plus des explications claires de mise en contexte et des descriptions de l’auteur, rien ne vaut quelques bonnes photos.

Cela étant dit, alléluia pour le livre ! En effet, comme nous le savons tous (et cela n’en est pas moins ironique pour moi en ce moment qui écrit mon blogue), lire et suivre toutes les publications sur un site Web est souvent impraticable. Cela fait que le format « livre » est toujours essentiel, du moins si l’on veut voir une information être utilisée, discutée et diffusée. Surtout, dans une perspective canadienne et montréalaise des questions de logements, d’urbanisme et d’architecture, et à cause de nos traditions institutionnelles, avec une affinité aigüe envers les traditions britanniques (je me souviens), il est impossible de ne pas imaginer que nous aurions beaucoup à nous inspirer en matière de fourniture, de financement et de contrôle du logement public ou social⁠ [2] à partir du modèle des Council Estates. Malheureusement (et heureusement à la fois), une des distinctions majeures (et même existentielles) de notre système politique, par rapport à l’Angleterre, est l’union fédéral (ou confédéral, pour être orthodoxe). Cela veut dire dix entités provinciales souvent jalouses de leurs prérogatives. Alors que le Parlement britannique peut simplement voter une loi et l’appliquer à l’ensemble du pays (en excluant toutefois l’Écosse), dans nos belles contrées canadiennes, les entités qui tiennent lieu de Council — nos autorités municipales locales — sont des « créature » de la province dans laquelle elles se trouvent. Et si l’on prend la Ville de Montréal au Québec en exemple, cette dernière ne pourrait pas juste accepter l’argent du fédéral afin de créer et gérer du logement public.

MAIS IL N’Y A PAS DE MAL À RÊVER. Comme dans la majorité des pays démocratiques avec un système parlementaire uninominal à un tour, le parti politique qui remporte la majorité des sièges au parlement forme le gouvernement. En Angleterre, terre natale de ce système, deux grandes forces politiques s’affrontent : le Labour, libéral et progressiste, et les Tories, conservateurs. C’est ainsi qu’après la Première Guerre mondiale, avec le slogan évocateur « A Land Fit for Heroes », le Labour a réussi, pendant un certain temps, à imposer l’idée d’un État responsable du mieux-être de ses citoyens. C’est à ce moment qu’une législation (Housing Act) fut adoptée afin d’habiliter et de financer les Councils dans leurs nouvelles missions de fournir et de gérer du logement public. Plusieurs de ces Councils étaient aussi contrôlés par des membres (élus) radicaux de gauche, donc sincèrement favorables et enthousiastes à l’égard de cette nouvelle mission. Il faudra évidemment lire le livre pour connaitre tout le détail sur la réalisation de ce Council Housing à travers le pays, les hauts et les bas selon les époques, mais disons simplement que, rendu au milieu des années 1960, rare était les villes en Angleterre sans plusieurs vastes Council Estates de qualité, offrants des milieux de vie diversifiés, répondant aux besoins de ménages de tous les âges et conditions. Le tout contre des loyers abordables, qui ne représente souvent qu’une fraction du revenu d’un ménage et, parfois même, sans avoir à payer de loyer. Pour se donner aussi une idée de l’importance et du prestige attaché à la planification des Council Estates, il y eut une période, après la Seconde Guerre et jusqu’au milieu des années 1960, lors de leurs abolitions, où le London County Council (LCC) était reconnu comme la plus grande et innovante pratique en architecture et en urbanisme en Angleterre, et probablement dans le monde, employant plus de 200. Sans affirmer que tout est « downhill » après cette période, des complications sérieuses, d’ordre idéologique (c’est pour qui, exactement, les CH ?) et constructif (piètre qualité des matériaux, des assemblages et de la construction elle-même), entrainent un déclin marqué dans la capacité à fournir et maintenir les CH. Et depuis les années 1980, plusieurs itérations du Right to Buy dévastent ce bien public de façon innommable.

Le plus grand danger qui guetterait un programme similaire ici, et nous ne pouvons qu’espérer qu’un jour cela se réalise, et probablement le même que celui qui à ruiné le CH en Angleterre, c’est-à-dire la capture idéologique facile que peut en faire la droite politique pour détruire le système, dès une prise de pouvoir prolongée, comme à l’époque de Margaret Thatcher. Mais bon, comptez-moi parmi ceux qui en rêve.


[1] C’est l’autre expression communément utilisée, cette fois pour désigner les bâtiments inclus dans un ensemble à logement public.

[2] J’utilise ici les deux expressions sans distinction et pour évoquer la même chose. C’est-à-dire un logement 100 % planifié par des professionnels publics, financé par des fonds publics (parfois même construit avec une main-d’œuvre publique) et contrôlé par une entité publique.

Tags John Boughton, Municipal Dreams, Housing, Housing policy, Histoire, Architecture, Aux limites du chez-soi

Pour le logement public

February 19, 2026 John Voisine
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In Defence of Housing—The Politics of Crisis. David Madden et Peter Marcuse, Verso, 2016, 256 pages. Il existe maintenant une nouvelle édition, 2024, mais c’est celle de 2016 que nous avons lue.

Partie d’une série sur le logement — Aux limites du chez-soi;

Ce livre nous rappelle qu’il y a plusieurs moyens de défendre une position et pour être spécifique, comme si le titre ne l’était pas assez, cette position vient à se résumer à un droit au logement. Plusieurs routes, déviations et contours peuvent mener à cette conclusion, on imagine bien. Ici, le lecteur sera convié, pour une énième fois dans sa vie (s’il doit son parcours au monde académique), à suivre la logique limitée et claustrophobe d’un argumentaire marxiste. Avec des titres de chapitres comme The Residential is Political, Against the Commodification of Housing, Residential Alienation, The Myths of Housing Policy ou, en conclusion, For a Radical Right to Housing, on devine tout de suite que le prisme déformant (mais aussi révélateur) de cette discussion sera celui de la gauche la plus à gauche.

Il n’y a aucun problème là-dessus, puisque, pour les auteurs, David Madden et Peter Marcuse, deux éminences dans le domaine, les premières étapes consistent à effectuer un diagnostic fouillé, bien cadré et finalement sans surprise (dans le sens de « conventionnel ») de ce qui est toujours appelé, depuis plus d’un siècle maintenant, la « crise du logement ». Bien entendu, cette « crise » finit par prendre plusieurs formes (insalubrité, manque, accessibilité géographique difficile, etc.). Elle est aussi plus ou moins aigüe et visible (ou invisible), selon la période examinée. Les réponses sont multiples et plus ou moins permanentes, sans jamais toutefois être globale, du moins sur ce continent nord-américain. Comme le soulignent à juste titre les auteurs, le marché de l’habitation est pourtant celui qui est le plus « contrôlé » par les gouvernements. Sur le plan national, ce contrôle est habituellement sur le plan financier et bancaire; du côté des gouvernements locaux, ces derniers interviennent plutôt au niveau règlementaire, construction, démolition, zonage, densité et occupation. Bien entendu, les pouvoirs de taxation foncière ont aussi leurs rôles à jouer, mais pas de manière aussi fondamentale que le financement et l’accessibilité à une variété de modes de tenure (propriétaire, copropriétaire, cohabitation, coop, locataire, etc.)

Dans le cadre d’une analyse marxiste telle que le font les auteurs, tout finit par être produit pour et dans le but de nourrir les intérêts capitalistes. Les auteurs reconnaissent et parlent avec un respect sincère des réalisations qui se sont faites en dehors de la logique du capital et de la marchandisation. Ils citent entre autres le miracle de Red Vienna en Europe, les vastes complexes publics de la NYCHA et ceux construits dans la même ville par les regroupements syndicaux (Amalgamated Clothing Workers of America) avant les années 1950 ou ensuite, les villages coopératifs construits par la United Housing Foundation. Mais en finale, selon les auteurs, tout ceci ne compte pour rien, puisqu’une « housing policy » ne peut jamais être réussie et transformationnelle si elle ne contribue pas, du même coup, au renversement du « système d’oppression » capitaliste. Si l’on adoptait sincèrement ce point de vue, nous serions tout d’un coup considérablement limités dans l’univers du possible dans la fourniture de logements.

SI L’ON SUIVAIT LA LIGNE DE PARTI proposée par les deux auteurs, toutes constructions de logements qui ne s’intègrent pas explicitement dans une démarche de libération, de résistance et de transformation radicale du système d’oppression capitaliste sont, ipso facto, sans avenir et valeur. Cet argument est singulièrement appuyé dans le chapitre 4, The Myth of Housing Policy. Il y est « démontré » que tous les efforts en vue de mettre en place des politiques de public housing sont en réalité des subterfuges à peine maquillés. Ces derniers ne font que perpétuer l’immobilier résidentiel financiarisé.

Les auteurs ont toutefois parfaitement raison de souligner une des grandes difficultés à faire avancer la cause du logement public, soit le maintien, à travers plusieurs décennies, des grands ensembles construits dans le cadre des lois sur le logement public de l’avant et de l’après-guerre. C’est notamment vrai avec le démantèlement des Council Houses en Angleterre, mais curieusement beaucoup moins vrai des immeubles de la NYCHA, deux cas exemplaires sur lesquels nous reviendrons dans les prochaines semaines.

Lorsque les auteurs abordent la question des mouvements de défense des locataires ou parfois les formes plus agressives, comme les mouvements de grèves de loyer ou d’occupation d’immeuble, ou de protection des locataires au bord de l’éviction, ceux-ci semblent volontairement aveugles aux conséquences. C’est justement l’incapacité d’instituer ces mouvements à long terme, de les insuffler avec la portée d’un groupe d’intérêt, un peu dans l’esprit d’une chambre de commerce, mais pour locataires, qui rend ces mouvements si éphémère et fragile. Il est donc difficile de porter dans le long terme un menu de demande législative qui viendrait stabiliser la tenure locative. Toujours pour des raisons idéologiques (ils ne franchissent pas la barre du « transformatif »), les auteurs ne sont pas chauds aux idées des communautés intentionnelles (mouvement Cohabitation). Il est vrai que, d’un point de vue pratique, elles ne constituent pas une solution, au-delà du plaisir certain qu’elles entrainent manifestement parmi ceux qui ont la chance de se retrouver à habiter ainsi. Et finalement, en tant qu’urbaniste, je ne pouvais faire autrement que de remarquer l’absence de toute forme d’analyse sérieuse du rôle de l’espace urbain dans la planification de l’implantation d’un « droit au logement »; le « où » et le « comment » étant des questions de bases. La facilité avec laquelle tout le volet réglementaire est écarté du revers de la main à de quoi rendre dubitatif.

En définitive, les auteurs nous forcent à revenir à l’essentiel de cette question du logement. C’est-à-dire qu’on doit en parler comme d’un droit. Bien entendu, les auteurs, étant des idéologues rigides à gauche du spectre, ne peuvent concevoir qu’une solution « renversante ». Toutefois, bien malgré eux, en exposant toutes les autres alternatives, ils révèlent la richesse des possibilités. Si l’on voulait bien se doter de politiciens ayant le courage de s’y tenir et de les implanter, surtout au niveau municipal, on pourrait y arriver.

Tags In Defence of Housing, David Madden, Peter Marcuse, Housing, Housing policy, Coop Housing, Aux limites du chez-soi

L'univers du possible

July 1, 2022 John Voisine
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The Affordable City—Strategies for Putting Housing Within Reach (and Keeping It There). Shane Phillips, Island Press, 2020, 280 pages [ebook lu sur l’application Adobe Digital Editions]

Avec ce livre, Monsieur Shane Phillips a fait, pour qui veut bien prendre la peine de lire et adapter légèrement le matériel au contexte d’intervention, le travail qui nécessiterait normalement des semaines, voire des mois de recherche et de synthèse à une petite équipe de professionnels. Et même là, je ne suis pas certain que le résultat puisse être aussi achevé du point de vue de la synthèse et de la compilation des principes et des actions. On dirait presque le produit d’une équipe pluridisciplinaire à qui l’on aurait donné comme mandat l’élaboration d’une politique nationale, provinciale et municipale d’habitation. Un mandat qui se serait résumé en une question : quels sont les principes et les politiques à même de nous sortir de cette perpétuelle incapacité du marché de répondre aux besoins contemporains en habitation, et surtout des plus vulnérables?

On peut admettre dans un premier temps que nous ne cherchons en rien à retourner vers un idéal; celui-ci n’a jamais existé et même lorsque l’offre en logements a semblé, pour un bref moment, refléter et satisfaire une certaine demande, il est bien probable que cela était au prix de sacrifices terribles de la part de cette partie vulnérable de la population. On parle ici d’insalubrité chronique, d’arrangement sacrifiant pour plusieurs une large part d’intimité ou se plaçant en position de vulnérabilité indue, ou simplement au prix d’un appauvrissement débilitant (beaucoup plus que 30 % du revenu consacré au logement). Nous avons aussi, ironiquement au nom de l’amélioration des conditions d’habitation, perdu beaucoup de typologie de logements qui permettaient une vie marginale autonome (nécessaire ou volontaire), comme des hôtels privés ou les maisons de chambres avec ou sans services. Nous avons ainsi perdu des intérieurs, parfois glauques, oui, mais qui supportait à bon prix des vies qui autrement se passent dans des conditions extérieures encore plus brutales.

À une époque pas si lointaine, nous en étions arrivés à comprendre que le marché privé ne pouvait, à lui seul, combler tous les besoins d’une population de plus en plus urbaine, diversifiée et malheureusement dispersée. Voilà pourquoi il est toujours essentiel à l’État de palier, par la construction de logements sociaux, entre autres.

Sur les traces de The Affordable City

Mais par une suite de glissements politiques et de sacrifices sur l’autel des modes d’idéologies du moment, cette résolution de construire, d’entretenir et d’accommoder à perpétuité en logements la frange des gens qui veulent ou qui nécessite de telles accommodations s’est émoussées, pour ne plus être que l’ombre d’elle-même.

C’est face à cette réalité et dans ce monde que l’auteur a décidé de faire vivre ses principes et propositions de politique. Ce n’est pas un monde où le logement social compte pour zéro, mais bien plutôt un monde (le nôtre, en Amérique du Nord) où il ne compte pas pour beaucoup. Je précise cette situation parce que je crois que cela est au cœur de ce qui fait la force de l’ouvrage, soit sa résolution d’aborder l’univers du logement tel qu’il est ici, de manière à le faire progresser, au lieu de se construire un idéal qui n’existe pas.

À l’intérieur du monde qui existe donc, Monsieur Phillips met de l’avant quatorze (14) grands principes et recommandations et y ajoute une quarantaine de politiques (d’actions) possibles sur trois (3) fronts, soit a) l’offre en logement (pour encourager la production), b) la stabilité, ou pourquoi la protection des locataires et la préservation de l’inventaire locatif est si importante et finalement, c) les subventions au logement où pourquoi l’investissement public (gouvernemental) et les programmes d’investissement public et de taxation sont si important afin de favoriser les comportements bénéfiques (construction de «missing middle», d’habitations en coopérative, intergénérationnelles, en cohabitation, logements avec services ou au cœur de quartiers à haut niveau d’opportunité) et réprimer les actions délétères (vente spéculative, «flip», terrains et propriétés vacantes, subventions à la propriété, etc.) Les opportunités non utilisées ou sous-exploitées pour avoir un marché de l’habitation qui fonctionne de façon beaucoup plus flexible et sensible, à l’intérieur même du système existant, sont presque douloureuses à contempler à la lecture de cet ouvrage.

En ce moment même, la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) est en période de consultation à propos de sa première politique d’habitation. Ce livre de Shane Phillips est probablement le document parfait pour éprouver ce projet de politique.


La semaine prochaine, on reprend le rythme hebdomadaire, toujours dans notre série Habitations et logements, avec l’ouvrage Missing Middle Housing

Tags The Affordable City, Shane Phillips, Housing policy, Supply, Stability, Subsidy

The Fix

June 30, 2022 John Voisine
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The Fixer-Upper—How to Repair America’s Broker Housing System. Jenny Schuetz, Brookings Institute Press, 2022, 210 pages [ebook lu sur l’application Kindle]

Le titre de ce premier ouvrage de Madame Jenny Schuetz est particulièrement approprié, une métaphore qui colle à la question et qui, dans sa résolution, contient plusieurs des pistes proposées par l’auteure. En effet, il n’est pas question ici de mettre l’édifice à terre ou de recommencer à zéro, aussi tentant qui cela pourrait être. Non, l’édifice existant, avec toute son histoire, ses recoins obscurs et insensés, reflet d’un style et des goûts d’une autre époque, doit être revampés pour servir une nouvelle génération. Et il faudrait en plus agrandir, le tout sans trop empiéter sur le terrain (éviter l’étalement généralisé). Bon, fin de la métaphore!

Il est difficile de dire si ce projet, tel qu’envisagé et proposé par l’auteure, est possible ou même si les bases sont en mesure de supporter tous les changements nécessaires pour retrouver «l’équilibre de marché», si même cela existe dans le domaine de l’habitation. L’auteure présente le marché de l’habitation comme étant à l’intersection de plusieurs systèmes complexe, comme ceux du financement immobilier (investissement et assurances hypothécaires), de la réglementation (codes de construction, réglementation municipale), des programmes d’aides et d’encouragement à la propriété et du domaine de la construction (contrainte sur la disponibilité de la main-d’œuvre). Les interactions entre tous ces acteurs produisent souvent des résultats très variés selon les régions du pays et les fluctuations des cycles particuliers à chacun. Mais si tous ces partenaires produisaient un inventaire résidentiel en mesure d’équilibrer le marché, à quoi pourrions-nous nous attendre? Madame Schuetz nous rend le grand service de fournir sa réponse à cette question, en quatre critères : a) l’offre de logement (le «supply side» de l’équation) doit être raisonnablement sensible à la demande, b) à l’intérieur d’une ville ou zone métropolitaine, l’offre de logement devrait se faire dans les zones à forte demande, où les gens veulent vivre, c) le marché devrait offrir une diversité de logements, qui correspond aux budgets et aux préférences des ménages et finalement, d) peu importe le revenu, les ménages doivent pouvoir s’offrir un logement stable, de qualité et à l’intérieur de communautés dynamiques et en santé. C’est ça le domaine du possible dans un marché du logement qui fonctionne bien.

Sur les traces de Fixer-Upper

Selon ses propres observations, l’auteure reconnaît que nous sommes sur une trajectoire qui semble creuser toujours plus le fossé qui nous sépare de ces critères minimaux. Et même si les dysfonctions du système sont ressenties de façon particulièrement dramatique dans les grands centres métropolitains partout en Amérique du Nord, on en voit maintenant aussi les effets en région et jusque dans les milieux ruraux. Alors, en présumant avec Madame Schuetz qu’il n’existe pas de réponse substantielle possible apportée par l’injection d’un partenaire fédéral, provincial ou municipal actif dans la construction de logements sociaux pérennes pour tous, quelles sont les avenues fertiles aboutissant à un marché de l’habitation vraiment sensible aux besoins contemporains?

L’auteure démontre malgré tout que ces avenues existent; c’est seulement qu’ils demandent la collaboration d’acteurs aux intérêts si divergeants qu’il devient difficile de voir comment ils pourraient être amenés à converger. La première recommandation de l’auteure (construire plus de logements là où les gens veulent vivre) est justement l’illustration ultime de ces contradictions. Les territoires résidentiels urbains de nos premières, deuxièmes et troisièmes couronnes sont jalousement gardés par une réglementation municipale rendant la construction de nouvelles habitations, autres qu’unifamiliales, plutôt complexes et capricieuses. De plus, ces « gouvernements de proximités » sont fermement entre les mains de citoyens-résidents-propriétaires qui neutraliseraient vigoureusement toute manœuvre allant dans le sens d’une réglementation plus inclusive, comme l’acceptation d’une plus grande typologie résidentielle (triplex, multiplex, appartements), de missing middle ou de l’abolition des exigences de stationnement*.

Les autres mesures recommandés par l’auteure, comme le fait d’arrêter de construire aux mauvaises places (étalement), donner de l’argent aux ménages en état de faible ressource, cesser de faire de la propriété l’actif principal de la richesse des ménages, construire des infrastructures pour tous (transport en commun), surmonter et déjouer (par des lois/règlements et des incitatifs monétaires) les obstacles posés par les localités trop jalouses (localism) et finalement, bâtir des coalitions politiques autour des meilleures politiques en habitation, sont tous très sensés et nécessaires, mais comment dire? Dans le contexte politique actuel, aux États-Unis, au pays et dans la province, toutes ces avenues semblent infiniment bien loin à l’horizon.

* Ceci est essentiel pour une transformation des milieux urbains vers des aménagements permettant une vie sans voiture ; même électrique, cette dernière ne sera jamais une vraie mesure de « transition ». Voir à ce sujet Ville contre automobile, que nous avons revu ici-même.

(2022-07-21) Une excellente entrevue avec l’auteure vient de paraître sur The Ezra Klein Show. Les questions vont droit au but et Madame Schuetz y répond sans détour. Presque mieux que son livre !


Demain, l’on poursuit notre série Habitation et logement avec l’ouvrage The Affordable City

Tags The Fixer-Upper, Jenny Schuetz, Housing policy, Homeownership, Municipal politics

Still Not Getting It

June 1, 2022 John Voisine
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Still Renovating—A History of Canadian Social Housing Policy. Greg Suttor, McGill-Queen’s University Press, 2016, 316 pages

Deuxième (2) de la série Habitation et logement

Il est à la fois salutaire et assez incroyable qu’un livre sur l’histoire des politiques, des programmes et des réalisations en logement social au Canada existe. Bien simplement, le Canada est passé proche de manquer le bateau. En effet, comme le souligne l’auteur, c’est seulement de manière assez tardive, et un peu sur le tard, que le gouvernement fédéral a finalement mobilisé ses ressources pour le financement et la production significative de logements sociaux. En comparaison de ses pays pairs, le Canada a, pour de nombreuses années, après la Deuxième Guerre, démontré un retard assez marqué, qui n’a commencé à se combler qu’au milieu des années 1960. Avant, les rares programmes se concentrent sur les vétérans et, pour le reste, vive le marché ! (Appuyé par la Central Mortgage and Housing Corporation—CMHC.)

Mais après la description de ce départ moins que canon, l’auteur nous fait l’histoire de ce qui fut les trente glorieuses du logement social au Canada. Comme pour confirmer ce retard qui caractérise le système canadien, on doit préciser qu’on parle de la période qui va de l’adoption des amendements à la National Housing Act, en 1964 par le gouvernement libéral minoritaire de Lester B. Pearson et prend fin avec la décision de décentralisation et de désinvestissement (devolution and retrenchment) du gouvernement Chrétien, en 1995-96. En termes d’implantation et de réalisation, cette période de 30 ans est superbement canadian, avec ses accommodements et ses incarnations multiples, qui se collaient si étroitement aux mouvances particulières à chaque province. L’Ontario domine (par le volume et une gestion provinciale, avec l’OHC) et le Québec ne veut pas être en reste (création de la SHQ), sans toutefois mobiliser des ressources équivalentes.

Dans cet ouvrage, le lecteur n’a pas à se contenter d’une reddition de recherche basée sur un épluchage d’archives, mais bénéficie plutôt de l’organisation originale et de la présentation claire d’une histoire nécessairement complexe, par un auteur qui a manifestement une connaissance profonde, matérielle et pratique du domaine. Cette histoire est ainsi présentée de façon à s’intégrer dans la trame des mouvements politiques propre au Canada, qui a façonné de manière si particulière la production du logement social au pays.

Sur les trace de Still Renovating

Les dix premières années des trente glorieuses du logement social au Canada est caractérisé par une production de type «grands ensembles» avec une assez forte concentration de gens dans le besoin sur un même site. Mais très vite, dès le début des années 1970, la politique fédérale fait un virage qui privilégie les organismes à but non lucratif et les groupes coopératifs de tout genre (autour d’une cause sociale, d’un groupe d’intérêt ou ethnique, d’une organisation syndicale, etc.) L’enthousiasme pour cette sorte de structure dans la fourniture du logement social, qui devient alors, dans le meilleur des cas, un logement de type mixte, entraîne toutefois une diminution notable dans la clientèle défavorisée en mesure de bénéficier de cette aide. On s’éloigne d’une politique de logement comme d’un droit; c’est plutôt un logement pour qui a les bons contacts au bon moment auprès des organismes fournisseurs. Si l’on exclut de ce calcul la clientèle avec besoins spéciaux (aînés, autochtones, anciens combattants, etc.), l’on se retrouve avec une capacité de production encore plus insignifiante par rapport aux besoins et à la demande. Les crises récurrentes du logement qui caractérisent ce premier quart de 21e siècle en sont la preuve.

Si nous sommes pour reprendre en main cette situation, actualiser une production et une rénovation de logements dignes de la pluralité des besoins, correspondant aux normes contemporaines de développements durables, certaines pistes sont à favoriser. Il faut reprendre la production sans recréer les ghettos de pauvretés qui sont devenues synonymes des logements sociaux passés. Pour s’assurer d’obtenir une mixité des clientèles (âge, revenu, avec/sans emploi) et des besoins desservis (catégories de ménages, statut légal, handicap physique ou mental), il est primordial de rendre ce logement social à la fois indiscernable et hautement désirable, même recherché comme mode d’habitation urbain. Surtout, cela évitera à long terme la spirale identitaire qui vient dévaluer et stigmatiser ce type de logement comme indésirable et accessoire, lorsqu’il est dans les faits essentiel pour un marché efficace.

Il est temps qu’une entité publique, à l’échelle métropolitaine, se dote de cette mission et commence sérieusement la production de logements sociaux mixtes.


Tags Still Renovating, Greg Suttor, Urban policy, Urban history, Housing policy

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