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Wellington | Fabrique urbaine

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L'urbanisme en pratique

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URBS+ : Abréviation d’urbanisme, mais quand même un peu plus. Une revue hebdomadaire d’ouvrages et d’œuvres avec comme point commun un intérêt pour l’univers urbain, qui est aussi l’univers ultime de l’être humain.

Quand rien ne va plus

April 30, 2026 John Voisine

Blueprint for Disaster—The Unraveling of Chicago Public Housing. D. Bradford Hunt, University of Chicago Press, 2009, 392 pages. L’éditeur offre la possibilité de lire le livre en format PDF pour une période de 45 jours, pour un peu plus du tiers du prix courant.

Partie intégrante de notre série sur le logement public;

Dans notre dernière chronique, nous avons eu la chance de découvrir un système de logements municipaux publics, la NYCHA, qui a réussi effectivement à remplir sa mission première : fournir, dans les cinq borough de New York, du logement hors marché à la fois sain et abordable, et ceci pour une diversité socio-économique de ménages. Bien entendu, cela n’aura été possible qu’en maintenant un équilibre délicat avec sa mission d’origine, celle de desservir ceux que le marché immobilier privé a failli. Ainsi, en préservant pour la majeure partie de son histoire le droit de strictement sélectionner ses locataires et d’assurer parallèlement une gestion serrée de ses projets, la NYCHA pouvait s’assurer de conserver le respect des communautés où ses projets s’implantaient, son capital politique auprès des élus et son agilité à naviguer les courants idéologiques du moment. Après plus de 90 ans d’existence et en logeant raisonnablement plus de 500 000 New-Yorkais (sur une population de plus de 8,5 millions⁠ [1] en 2025), l’auteur avait bien raison d’intituler son ouvrage Public Housing That Worked.

Alors, comme pour avoir un aperçu de l’autre côté de la médaille, nous allons cette semaine contempler la réalité d’une autre housing authorities américaine, le cas particulièrement catastrophique de Chicago. D’ailleurs, l’auteur du dernier ouvrage offre directement en contraste celui de D. Bradford Hunt, qui est l’objet de cette chronique sur la Chicago Housing Authority (CHA)⁠ [2]. Un des points principaux de sa thèse est justement que le large bassin d’expérience et le niveau élevé de confort avec la vie en tours d’appartements locatifs, répandu dans la ville de New York, sont à la racine de la performance exceptionnelle de la NYCHA. On peut ajouter à cela une compréhension claire de sa mission, en tant que gestionnaire de logements public, et sa détermination à ne pas se transformer en une agence de services sociaux. On ajoute à cela la densité du personnel de maintenance, couplé avec la gérance paternaliste des résidents de ses complexes, et on a là le portrait d’une des rares housing authority encore viable. Mais après la lecture de Blueprint for Disaster⁠ [3], il est difficile de conclure que la différence se limite à une question de gestion. Et contrairement à ce que l’on pourrait conclure, le design, l’aménagement et l’architecture moderniste des complexes de logements de la CHA ne sont pas vraiment au cœur de la question ici. Alors, pourquoi un tel désastre dans le cas de la CHA?

JE PLAISANTERAIS À PEINE en disant que c’est la faute des enfants. Plus exactement, la politique explicite de concevoir des tours remplis d’appartements de deux, trois et même quatre chambres à couchers découlait d’une volonté explicite d’accommoder de larges familles dans ces environnements. En plus, le loyer allait être déterminé selon la capacité de payer des ménages sélectionnés. On allait sélectionner prioritairement les ménages en détresse, ceux vivant dans des conditions de délabrement avancé, sans sources de revenu stable ou aux prises avec un niveau de précarité généralisée extrême. Dans le Chicago des années 1940, mais surtout des années 1950 et 1960, la communauté noire faisait face à des assauts socio-économiques extérieurs en provenance de la majorité blanche et à des assauts déstabilisateurs internes attribuables à la grande migration. Cela rendait même les meilleures accommodations difficiles. Dans ce contexte, la CHA devait toujours gérer plusieurs crises sans issues favorables. La mission première était d’offrir du logement aux ménages qui devaient subir le plus directement les faillites du marché immobilier privé, sans toutefois en devenir un concurrent direct. Avec le temps, on allait ajouter la mission d’être une source de logement aux populations déplacées lors des interventions en slum clearance. D’ailleurs, la vaste majorité des sites de la CHA ont été forcés de se faire sur des sites de slum clearance (contre l’avis des responsables de la CHA, qui auraient préféré et proposaient des vites vacants). La perception dans la population blanche que les complexes d’habitation de la CHA allaient finir par être occupés par une population noire à conduit à plusieurs manœuvres et pression politique afin que la CHA ne puisse jamais construire en quartier « blanc », et surtout que les rares projets construits ne soient jamais être intégrés. En fait, c’est suite à des harcèlements musclés de la part de la population blanche environnante sur les gens qui occupaient des projets temporaires (des vétérans noirs de la Seconde Guerre mondiale et leurs familles), qui rappelait même, pour les gens de l’époque, les tueries de l’été 1919, que la CHA à essentiellement perdu la bataille de l’intégration de ses projets.

Ainsi, en accueillant dans ses projets (des tours dans des parcs implantés en zones urbaines périphériques sans services) de larges familles démunies et dépassées, engendrant un ratio de population jeune (moins de 21 ans) jamais expérimenté de 3:1 (trois jeunes pour un adulte), on allait vite se retrouver avec des environnements incontrôlables. Les responsables de la CHA, en laissant leurs complexes d’habitations devenir des logements de dernier recours, auront favorisé une dégradation des milieux de vie jusqu’à leurs anéantissements forcés (la plupart des complexes de la CHA ont été rasés durant la première décennie des années 2000). Cela dit, ce que l’auteur fait exhaustivement et avec patience est d’exposer comment et pourquoi, les conditions particulières à Chicago rendaient les correctifs, même si connu de tous, impossible à implanter afin d’espérer renverser la vapeur, une fois la machine lancée. Un ouvrage bourré de leçons tragiques


[1] Il n’y a rien d’équivalent ici, mais l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM) est ce qui s’en approche le plus. Les bâtiments sous leurs responsabilités logent un peu plus de 55 000 montréalais (sur une population municipale de 1,7 M en 2021). Environ 6 % pour NYC et 3 % pour Montréal.

[2] En fait, les deux livres se font mutuellement référence. L’auteur du livre sur la CHA ajoute, comme avantage de NYC p/r à Chicago, un marché immobilier très serré, ce qui permet de maintenir, sur une très longue période, l’attractivité des logements offerts par la NYCHA.

[3] Pour souligner à quel point chaque histoire contient des multitudes, D. Bradford Hunt est aussi le coauteur d’un autre ouvrage sur la CHA avec pour titre When Public Housing Was Paradise—Building Community in Chicago. Pour les 10-15 premières années d’existence de la CHA, ses complexes, qui n’étaient pas encore composés de « tours dans un parc », représentaient, selon les témoignages recueillis, de petits paradis.

Tags Blueprint for Disaster, D. Bradford Hunt, Chicago, Série Logement public, Housing policy, Slum Clearance

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