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Wellington | Fabrique urbaine

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L'urbanisme en pratique

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URBS+ : Abréviation d’urbanisme, mais quand même un peu plus. Une revue hebdomadaire d’ouvrages et d’œuvres avec comme point commun un intérêt pour l’univers urbain, qui est aussi l’univers ultime de l’être humain.

Pour le logement public

February 19, 2026 John Voisine
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In Defence of Housing—The Politics of Crisis. David Madden et Peter Marcuse, Verso, 2016, 256 pages. Il existe maintenant une nouvelle édition, 2024, mais c’est celle de 2016 que nous avons lue.

Ce livre nous rappelle qu’il y a plusieurs moyens de défendre une position et pour être spécifique, comme si le titre ne l’était pas assez, cette position vient à se résumer à un droit au logement. Plusieurs routes, déviations et contours peuvent mener à cette conclusion, on imagine bien. Ici, le lecteur sera convié, pour une énième fois dans sa vie (s’il doit son parcours au monde académique), à suivre la logique limitée et claustrophobe d’un argumentaire marxiste. Avec des titres de chapitres comme The Residential is Political, Against the Commodification of Housing, Residential Alienation, The Myths of Housing Policy ou, en conclusion, For a Radical Right to Housing, on devine tout de suite que le prisme déformant (mais aussi révélateur) de cette discussion sera celui de la gauche la plus à gauche.

Il n’y a aucun problème là-dessus, puisque, pour les auteurs, David Madden et Peter Marcuse, deux éminences dans le domaine, les premières étapes consistent à effectuer un diagnostic fouillé, bien cadré et finalement sans surprise (dans le sens de « conventionnel ») de ce qui est toujours appelé, depuis plus d’un siècle maintenant, la « crise du logement ». Bien entendu, cette « crise » finit par prendre plusieurs formes (insalubrité, manque, accessibilité géographique difficile, etc.). Elle est aussi plus ou moins aigüe et visible (ou invisible), selon la période examinée. Les réponses sont multiples et plus ou moins permanentes, sans jamais toutefois être globale, du moins sur ce continent nord-américain. Comme le soulignent à juste titre les auteurs, le marché de l’habitation est pourtant celui qui est le plus « contrôlé » par les gouvernements. Sur le plan national, ce contrôle est habituellement sur le plan financier et bancaire; du côté des gouvernements locaux, ces derniers interviennent plutôt au niveau règlementaire, construction, démolition, zonage, densité et occupation. Bien entendu, les pouvoirs de taxation foncière ont aussi leurs rôles à jouer, mais pas de manière aussi fondamentale que le financement et l’accessibilité à une variété de modes de tenure (propriétaire, copropriétaire, cohabitation, coop, locataire, etc.)

Dans le cadre d’une analyse marxiste telle que le font les auteurs, tout finit par être produit pour et dans le but de nourrir les intérêts capitalistes. Les auteurs reconnaissent et parlent avec un respect sincère des réalisations qui se sont faites en dehors de la logique du capital et de la marchandisation. Ils citent entre autres le miracle de Red Vienna en Europe, les vastes complexes publics de la NYCHA et ceux construits dans la même ville par les regroupements syndicaux (Amalgamated Clothing Workers of America) avant les années 1950 ou ensuite, les villages coopératifs construits par la United Housing Foundation. Mais en finale, selon les auteurs, tout ceci ne compte pour rien, puisqu’une « housing policy » ne peut jamais être réussie et transformationnelle si elle ne contribue pas, du même coup, au renversement du « système d’oppression » capitaliste. Si l’on adoptait sincèrement ce point de vue, nous serions tout d’un coup considérablement limités dans l’univers du possible dans la fourniture de logements.

SI L’ON SUIVAIT LA LIGNE DE PARTI proposée par les deux auteurs, toutes constructions de logements qui ne s’intègrent pas explicitement dans une démarche de libération, de résistance et de transformation radicale du système d’oppression capitaliste sont, ipso facto, sans avenir et valeur. Cet argument est singulièrement appuyé dans le chapitre 4, The Myth of Housing Policy. Il y est « démontré » que tous les efforts en vue de mettre en place des politiques de public housing sont en réalité des subterfuges à peine maquillés. Ces derniers ne font que perpétuer l’immobilier résidentiel financiarisé.

Les auteurs ont toutefois parfaitement raison de souligner une des grandes difficultés à faire avancer la cause du logement public, soit le maintien, à travers plusieurs décennies, des grands ensembles construits dans le cadre des lois sur le logement public de l’avant et de l’après-guerre. C’est notamment vrai avec le démantèlement des Council Houses en Angleterre, mais curieusement beaucoup moins vrai des immeubles de la NYCHA, deux cas exemplaires sur lesquels nous reviendrons dans les prochaines semaines.

Lorsque les auteurs abordent la question des mouvements de défense des locataires ou parfois les formes plus agressives, comme les mouvements de grèves de loyer ou d’occupation d’immeuble, ou de protection des locataires au bord de l’éviction, ceux-ci semblent volontairement aveugles aux conséquences. C’est justement l’incapacité d’instituer ces mouvements à long terme, de les insuffler avec la portée d’un groupe d’intérêt, un peu dans l’esprit d’une chambre de commerce, mais pour locataires, qui rend ces mouvements si éphémère et fragile. Il est donc difficile de porter dans le long terme un menu de demande législative qui viendrait stabiliser la tenure locative. Toujours pour des raisons idéologiques (ils ne franchissent pas la barre du « transformatif »), les auteurs ne sont pas chauds aux idées des communautés intentionnelles (mouvement Cohabitation). Il est vrai que, d’un point de vue pratique, elles ne constituent pas une solution, au-delà du plaisir certain qu’elles entrainent manifestement parmi ceux qui ont la chance de se retrouver à habiter ainsi. Et finalement, en tant qu’urbaniste, je ne pouvais faire autrement que de remarquer l’absence de toute forme d’analyse sérieuse du rôle de l’espace urbain dans la planification de l’implantation d’un « droit au logement »; le « où » et le « comment » étant des questions de bases. La facilité avec laquelle tout le volet réglementaire est écarté du revers de la main à de quoi rendre dubitatif.

En définitive, les auteurs nous forcent à revenir à l’essentiel de cette question du logement. C’est-à-dire qu’on doit en parler comme d’un droit. Bien entendu, les auteurs, étant des idéologues rigides à gauche du spectre, ne peuvent concevoir qu’une solution « renversante ». Toutefois, bien malgré eux, en exposant toutes les autres alternatives, ils révèlent la richesse des possibilités. Si l’on voulait bien se doter de politiciens ayant le courage de s’y tenir et de les implanter, surtout au niveau municipal, on pourrait y arriver.

Tags In Defence of Housing, David Madden, Peter Marcuse, Housing, Housing policy, Coop Housing
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