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Wellington | Fabrique urbaine

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L'urbanisme en pratique

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URBS+ : Abréviation d’urbanisme, mais quand même un peu plus. Une revue hebdomadaire d’ouvrages et d’œuvres avec comme point commun un intérêt pour l’univers urbain, qui est aussi l’univers ultime de l’être humain.

Le mirage du préfabriqué

March 19, 2026 John Voisine
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The Origins of Efficiency, chapter 10 — Failure to Improve (2025) + A History of Operation Breakthrough (2026-03-06) + The Elusive Cost Savings of the Prefabricated Home (2026-03-12).

Partie d’une série sur le logement — Aux limites du chez-soi;

J’ai eu la chance, dans les dernières semaines, de tomber sur trois papiers (un chapitre et deux post Substacks) du même auteur, Brian Potter, et portant sur un sujet pour lequel j’ai une fascination presque contre nature : la construction préfabriquée. Je sais, il y a pire. Mais probablement à cause de la « crise du logement » structurelle qui secoue notre époque, la rengaine qui ne se fatigue jamais de la préfabrication⁠ [1] et de ses miracles annoncés s’entend partout de plus belle. Dans cette situation mortifiante, je suis cette personne impuissante face à une stratégie qui mènera son auteur à la ruine, à une débandade militaire, ou qui aperçoit de loin des gens sur le point de se faire avaler par une avalanche, ou témoin d’un évènement cataclysmique; une Cassandre que personne ne veut entendre. Bien simplement, confronté à des interlocuteurs qui s’entichent de l’idée que le salut de la construction de logements performants, novateurs, mais surtout abordables, construits à une fraction du coût de celui des bâtiments conventionnels, passe par la construction en préfabriqué⁠ [2], bien face à ces gens, il est presque toujours vain de faire entendre raison; la foi du converti les anime. Cette raison se résume au fait que, depuis plus de cent ans maintenant, l’on essaye de faire pour la construction ce que le taylorisme et le fordisme ont fait pour l’automobile (ou tous les domaines manufacturiers, pour dire). On n’a toujours rien obtenu. Même Toyota, le plus grand et le plus innovateur des manufacturiers automobiles, qui a même aussi, depuis presque cinquante ans, une division de préfabrication en habitation (Toyota Home), ne domine en rien le marché japonais⁠ [3]; son produit fini (la maison unifamiliale) ne constitue une économie en termes de coûts par rapport à une construction unifamiliale conventionnelle.

On peut dire que l’auteur s’est vraiment sacrifié pour la cause, qu’il a donné et a été un participant volontaire, puisqu’il était un des ingénieurs à la tête d’une équipe dans une entreprise de préfabrication aux États-Unis dans les années 2010. Cette décennie a été celle de la dernière grande vague, de celles qui semblent resurgir par cycles de 15 ou 20 ans. Sans statistiques fermes sur la question, il est difficile de spéculer, mais chaque moment de « crise » dans le logement semble cependant avoir entrainé une frénésie autour de la préfabrication, un genre de « quick fix » vers la production rapide de logements à meilleur coût.

IL FAUT LE DIRE TOUT DE GO : c’est une affliction douloureuse pour le client et un chemin qui conduit à la ruine pour le producteur lorsque la préfabrication est entreprise avec l’intention d’en tirer des économies. Le deuxième article de la série est couronné d’un titre qui capture entièrement cette illusion : The Elusive Cost Savings of the Prefabricated Home. Puisque oui, il est possible, ici et là, once in a blue moon, de faire une poignée d’économie, si tous les astres s’alignent, si les routes menant au site sont belles et s’il n’y a pas de pluie le jour du montage. On apprend même que des pays aux conditions très similaires aux nôtres, dans la province de Québec, comme la Suède, ont la chance de recueillir les fruits d’une base manufacturière normalisée en construction. Cela fait qu’environ 85 % des maisons unifamiliales et 30-40 % des multifamiliales sont faits à partir de préfabriqué. Ce qui ne peut pas nuire aussi est que les distances sont relativement faibles, à comparer au Québec, au Canada et au continent américain en général. Aussi, la Suède à moins de zone climatique extrême qu’ici, ce qui fait qu’une usine peut perfectionner un modèle de base pour tout le pays. Donc, on voit qu’en définitive, il est possible d’avoir une industrie de la construction essentiellement basée sur la préfabrication. Alors, pourquoi pas ici ?

On l’aura vite deviné, tout tourne autour du coût. Il y a probablement de très bonnes explications pour cette domination du préfabriqué en Suède, mais ce n’est certainement pas pour les économies, puisqu’une nouvelle construction préfabriquée unifamiliale se vend en moyenne 70 % de plus qu’une maison conventionnelle comparable aux États-Unis⁠ [4]. Il serait de plus douteux que ce soit pour des raisons d’innovation technologique, la construction préfabriquée étant souvent comparée à de la construction traditionnelle, impliquant les mêmes corps de métier aux interventions restreintes, mais simplement faite sous le couvert d’une usine. Le chapitre 10 du livre⁠ [5] pose les bases des raisons intrinsèques qui font que la construction en mode préfabrication ne décolle pas. Le premier article porte sur une vaste tentative du gouvernement américain, au début des années 1970, nommé Operation Breakthrough, de faire décoller cette industrie. Finalement, le deuxième article va au cœur de la question en expliquant dans le détail le mirage des « cost savings » jamais réalisé (et probablement irréalisable) avec la préfabrication. À retenir et explorer la prochaine fois que l’on voudra nous vanter les mérites de la préfabrication comme avenue de solution facile à la crise du logement.


[1] Si ce n’est pas déjà clair, même si toute sorte de construction et de type de bâtiment peuvent faire l’objet de préfabrication, pour les besoins de cet article, on fera toujours référence à de la construction de logements.

[2] Que nous allons distinguer ici de la construction de ce qui est couramment appelé des « maisons mobiles ». Ce sont des habitations, souvent à un ou deux modules fabriqués en usine et assemblés sur le terrain, substantiellement moins cher qu’une habitation conventionnelle, mais aux compromis si importants qu’il n’est pas possible de les inclure dans le marché régulier (même si, sous certaines conditions, elles peuvent être hypothéquées). D’ailleurs, plusieurs municipalités (la majorité?) les excluent de leurs territoires.

[3] Qui à 15 % représente un peu plus que le marché de la préfabrication américain, à environ 10 %. Sur ces questions, toujours de Brian Potter, surtout ne pas manquer son Substack paru en 2020, Toyota’s Prefab Homes (le lien se trouve aussi dans l’article).

[4] Toutes ces statistiques sont extraites de l’article The Elusive Cost Savings of the Prefabricated Home.

[5] Le livre lui-même dans son ensemble porte sur les procédés manufacturiers qui rendent notre monde moderne possible.

Tags The Origins of Efficiency, Brian Potter, Logements, Préfabrication, Architecture, Construction, Aux limites du chez-soi

The Land of Municipal Dreams

March 5, 2026 John Voisine
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Municipal Dreams—The Rise and Fall of Council Housing. John Boughton, Verso Books, 2018, 336 pages. [Lu en format ebook sur Apple Books]

Partie d’une série sur le logement — Aux limites du chez-soi;

Ce n’est pas tout les jours qu’un livre nous conduit à apprécier de façon bien particulière un site Web, mais indéniablement le simple site Wordpress de l’auteur, John Boughton, qui s’identifie avec le même nom que son livre, Municipal Dreams, est la source de tout ce riche et uniquement exhaustif travail sur le phénomène du Council Housing (CH) en Angleterre. Et le site offre des avantages marquants par rapport au livre, entre autres une abondante photographie des différents types de bâtiments sur les Council Estates⁠ [1]. Pour bien comprendre l’évolution et les différents types de logements proposés selon les époques, il ne faut pas se le cacher, en plus des explications claires de mise en contexte et des descriptions de l’auteur, rien ne vaut quelques bonnes photos.

Cela étant dit, alléluia pour le livre ! En effet, comme nous le savons tous (et cela n’en est pas moins ironique pour moi en ce moment qui écrit mon blogue), lire et suivre toutes les publications sur un site Web est souvent impraticable. Cela fait que le format « livre » est toujours essentiel, du moins si l’on veut voir une information être utilisée, discutée et diffusée. Surtout, dans une perspective canadienne et montréalaise des questions de logements, d’urbanisme et d’architecture, et à cause de nos traditions institutionnelles, avec une affinité aigüe envers les traditions britanniques (je me souviens), il est impossible de ne pas imaginer que nous aurions beaucoup à nous inspirer en matière de fourniture, de financement et de contrôle du logement public ou social⁠ [2] à partir du modèle des Council Estates. Malheureusement (et heureusement à la fois), une des distinctions majeures (et même existentielles) de notre système politique, par rapport à l’Angleterre, est l’union fédéral (ou confédéral, pour être orthodoxe). Cela veut dire dix entités provinciales souvent jalouses de leurs prérogatives. Alors que le Parlement britannique peut simplement voter une loi et l’appliquer à l’ensemble du pays (en excluant toutefois l’Écosse), dans nos belles contrées canadiennes, les entités qui tiennent lieu de Council — nos autorités municipales locales — sont des « créature » de la province dans laquelle elles se trouvent. Et si l’on prend la Ville de Montréal au Québec en exemple, cette dernière ne pourrait pas juste accepter l’argent du fédéral afin de créer et gérer du logement public.

MAIS IL N’Y A PAS DE MAL À RÊVER. Comme dans la majorité des pays démocratiques avec un système parlementaire uninominal à un tour, le parti politique qui remporte la majorité des sièges au parlement forme le gouvernement. En Angleterre, terre natale de ce système, deux grandes forces politiques s’affrontent : le Labour, libéral et progressiste, et les Tories, conservateurs. C’est ainsi qu’après la Première Guerre mondiale, avec le slogan évocateur « A Land Fit for Heroes », le Labour a réussi, pendant un certain temps, à imposer l’idée d’un État responsable du mieux-être de ses citoyens. C’est à ce moment qu’une législation (Housing Act) fut adoptée afin d’habiliter et de financer les Councils dans leurs nouvelles missions de fournir et de gérer du logement public. Plusieurs de ces Councils étaient aussi contrôlés par des membres (élus) radicaux de gauche, donc sincèrement favorables et enthousiastes à l’égard de cette nouvelle mission. Il faudra évidemment lire le livre pour connaitre tout le détail sur la réalisation de ce Council Housing à travers le pays, les hauts et les bas selon les époques, mais disons simplement que, rendu au milieu des années 1960, rare était les villes en Angleterre sans plusieurs vastes Council Estates de qualité, offrants des milieux de vie diversifiés, répondant aux besoins de ménages de tous les âges et conditions. Le tout contre des loyers abordables, qui ne représente souvent qu’une fraction du revenu d’un ménage et, parfois même, sans avoir à payer de loyer. Pour se donner aussi une idée de l’importance et du prestige attaché à la planification des Council Estates, il y eut une période, après la Seconde Guerre et jusqu’au milieu des années 1960, lors de leurs abolitions, où le London County Council (LCC) était reconnu comme la plus grande et innovante pratique en architecture et en urbanisme en Angleterre, et probablement dans le monde, employant plus de 200. Sans affirmer que tout est « downhill » après cette période, des complications sérieuses, d’ordre idéologique (c’est pour qui, exactement, les CH ?) et constructif (piètre qualité des matériaux, des assemblages et de la construction elle-même), entrainent un déclin marqué dans la capacité à fournir et maintenir les CH. Et depuis les années 1980, plusieurs itérations du Right to Buy dévastent ce bien public de façon innommable.

Le plus grand danger qui guetterait un programme similaire ici, et nous ne pouvons qu’espérer qu’un jour cela se réalise, et probablement le même que celui qui à ruiné le CH en Angleterre, c’est-à-dire la capture idéologique facile que peut en faire la droite politique pour détruire le système, dès une prise de pouvoir prolongée, comme à l’époque de Margaret Thatcher. Mais bon, comptez-moi parmi ceux qui en rêve.


[1] C’est l’autre expression communément utilisée, cette fois pour désigner les bâtiments inclus dans un ensemble à logement public.

[2] J’utilise ici les deux expressions sans distinction et pour évoquer la même chose. C’est-à-dire un logement 100 % planifié par des professionnels publics, financé par des fonds publics (parfois même construit avec une main-d’œuvre publique) et contrôlé par une entité publique.

Tags John Boughton, Municipal Dreams, Housing, Housing policy, Histoire, Architecture, Aux limites du chez-soi

À demeure

March 26, 2024 John Voisine
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Que notre joie demeure. Kevin Lambert, Héliotrope, 2022, 381 pages.

Série fiction — À tous les deux mois

Il n’est jamais facile de lire ou de regarder une œuvre de fiction qui se déroule dans un milieu familier. Toutes les failles ou maladresses qui font partie du récit ou des personnages nous apparaissent comme autant de miroirs déformants. C’est à ce moment que l’on se tourne vers son conjoint pour partager notre hilarité ou confusion face à l’histoire, et que l’on constate, oh horreur!, qu’elle est totalement absorbée et transie par ce qui nous paraissait, évidemment, d’un ridicule à détacher la mâchoire.

Dans ce roman, c’est un peu la sensation qui traverse le lecteur le moindrement accoutumé au rouage d’une firme privée de service. Ici, il s’agit d’un important bureau en architecture, mais il est facile d’imaginer toute une gamme de service; le type de clients sollicités et nécessaires à la poursuite et au succès de l’entreprise finit par avoir une influence directe sur les principaux de ces firmes. Il est vrai aussi que l’architecture est particulièrement vulnérable à ce type de déchéance, mais probablement rien de plus (et souvent beaucoup moins) que d’autres firmes similaires (oui, je parle ici de nos amis ingénieurs!), mais il est aussi vrai que tant qu’à se construire une fiction, c’est toujours plus chic et swell du côté architecture.

Kevin Lambert a eu l’instinct génial, avec son style et sa manière de construire les scènes de son roman, de donner amplement d’espace pour abandonner sans regret la lecture. Le très long chapitre qui ouvre l’œuvre ne sera jamais achevé sans une volonté affirmée, et ensuite, les épisodes de l’histoire se parcourent avec vigueur, grâce à la phraséologie « leste et immersive », vraiment, de Monsieur Lambert. Le roman est clôturé par un autre chapitre-fleuve, mais rendu là, on accepte le deal. Des noms familiers pour ceux qui connaissent le domaine sont lancés ici et là, comme Paul R. Williams et David Adjaye, en lien avec le deuxième personnage principal, mais aussi Lutyens et Roebling. Plus près de nous, mais malheureusement beaucoup moins connu, Alexander Durnford.

Le point le plus faible de l’œuvre est curieusement son personnage principal, une architecte née et ayant grandi ici, qui à 69 ans est mondialement connue et adulée, une égérie professionnelle de sa génération. Ce personnage stresse les limites de la crédibilité et de la crédulité. L’auteur a tenté d’en faire l’émule d’une vraie architecte, vraie lumière de sa génération (et au-delà), l’iraquienne et britannique Dame Zaha Hadid (1950-2016). Il aurait au moins fallu écrire son nom, quelque part dans ce roman.

Tags Que notre joie demeure, Kevin Lambert, Architecture, Capitalisme, Série fiction

Écologies urbaines

January 11, 2024 John Voisine
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Los Angeles—The Architecture of Four Ecologies. With a New Foreword by Joe Day and Introduction by Anthony Vidler. Reyner Banham, University of California Press, (1971), 2009, 238 pages.

Cette chronique est la troisième d’une série de quatre (4) sur la ville de Los Angeles [3/4]

Pour se permettre d’écrire sur Los Angeles, Reyner Banham, cet historien et critique de l’architecture, né et éduqué en Angleterre, s’est contraint (sans y être forcé) à passer à travers un processus d’acculturation complet. On pourrait même dire, pour utiliser une expression de l’époque, avec de belles connotations négatives, que Reyner Banham went native. Mais comment aller native dans une ville moderne comme Los Angeles?

Parfois, en changeant de lieux, il faut modifier nos habitudes (certains diront, pince-sans-rire, de paradigme d’appropriation), si on est pour intégrer nos nouvelles circonstances et s’épanouir dans celle-ci. Pendant ma jeune vie adulte, je n’ai jamais eu besoin d’un permis de conduire (même si j’avais appris à conduire). Les choses ont changé lors d’un séjour de plusieurs années à Québec. C’était un triste constat, mais dans cette petite ville (1), patrimoine mondial, il est difficile d’évoluer autrement que derrière le volant d’une voiture (2). En désespoir de modernité, durant les 30 dernières années du 20e siècle, les édiles de Québec ont enthousiasment détruits leurs atouts uniques en Amérique, ceci à coups de dizaines de kilomètres d’autoroutes urbaines (3). Où Los Angeles a construit un modèle attractif, Québec s’est appauvri et banalisé.

Mais retournons à Banham, qui affirme, dès la première page du premier chapitre (In the Rear-view Mirror) de son livre : « So, like generations of English intellectuals who taught themselves Italian in order to read Dante in the original, I learned to drive in order to read Los Angeles in the original ». Lors de la publication de l’ouvrage en 1971, une des critiques récurrentes était précisément qu’il s’était « oublié » dans la ville, qu’il n’y avait pas appliqué une grille de lecture sérieuse. Comme s’il pressentait cette critique, il vient ainsi exprimer que non, pour lire et appréhender un objet d’étude, il faut l’accepter en ses propres termes, comprendre sa façon et sa manière d’être en contexte, l’apprivoiser dans sa langue. En se plaçant derrière le volant, en machine à travers LA, sur ses boulevards et par ses accélérateurs de temps et de distances que sont ses freeways, avec son paysage urbain dans l’dash et la ville in the rear-view mirror, Banham utilisait la langue de ses interlocuteurs pour comprendre le contexte matériel et symbolique de son objet d’étude urbaine et architectural. En se faisant, il veut démontrer que cette étude se situe dans une longue lignée d’effort intellectuel pour en arriver à une lecture fouillée et original du phénomène urbain qu’est LA.

Sur les traces de LA—The Architecture of Four Ecologies

Dans The Architecture of Four Ecologies, Reyner Banham délivre sur cette promesse de lecture originale, fouillée et sensible. Le découpage qu’il fait, en quatre systèmes « écologique », à la fois complémentaire et distinct, est en lui-même une grille de décodage fertile, qui permet de maitriser une géographie et une urbanité qui autrement, à cause de leur vaste échelle, n’offrirait que de vague point de fuite, difficile à saisir. Simplement par les titres de ce découpage, il est possible de s’imprégner des phénomènes évoqués : Ecology I: Surfurbia (où ‘Give me a beach, something to eat, and a couple of broads, and I can get along without material things’—prend tout son sens), Ecology II: Foothills (où l’on peut presque compatir avec la misère des riches), Ecology III: the Plains of Id (Hello Dingbats et où LA se rapproche le plus de la ‘Anywhereville’/Nowherecity qui rend dingue ses critiques) et Ecology IV: Autopia (où l’on apprend à aimer les freeways, ou l’on n’apprend rien).

À chacune de ces « écologies », Banham y associe une typologie et une histoire architecturale. Toujours dans le même ordre : Architecture I : Exotic Pioneers (où l’on découvre l’influence de l’environnement et de l’isolement géographique sur l’architecture), Architecture II : Fantastic (où Jack-in-the-Box, Disneyland, ‘a little garnish’, ‘Doing your own thing’ et ‘Home is where the (do-it-yourself) heart is’ nous réservent de belles leçons d’architecture), Architecture III : The Exiles (où Frank Gehry nous fait la leçon du cube type LA) et Architecture IV : The Style that Nearly (où le chapitre entier est en lui-même un des meilleurs textes qui existe sur les fameux Case Study Houses).

Les quatre chapitres se terminent toujours avec une discussion historique et une mise en contexte contemporaine de ces « écologies » urbaines. Ainsi on retrouve, dans le même ordre, The Transportation Palimpsest (où en quelques pages les réseaux de transport et leurs logiques dans LA sont rendu plus compréhensif que dans plusieurs volumes entiers sur la question), The Art of the Enclave (où les ‘East Coast town-planning snobs’ en prennent plein la gueule), A Note on Downtown… (où l’on sympathise avec une cause perdue) et An Ecology for Architecture (où les ‘East Coast town-planning snobs’ sont encore confondus).

Il est difficile de savoir, plus de 50 ans après la parution de l’ouvrage (4), ce qu’il reste concrètement de ce regard sans mettre les pieds sur place, mais c’est certainement un des plus sensible et informé jamais porté sur une ville. Los Angeles comme elle méritait d’être présentée.


(1) Moins de 200 000 habitants avant les fusions, moins de 500 000 habitants après et à peine passé ce cap depuis 2011.

(2) Le paradigme du « tout à l’auto » est freiné depuis l’administration du maire Bruno Marchand, surtout dans le petit noyau central et vers le campus de l’UL, mais ces gains sont encore extrêmement fragiles. La situation du transport en commun, surtout celle des Métrobus, cet atout pourtant si puissant, a cessé de porter des fruits, essentiellement par manquement de faire évoluer le système et son réseau ; une véritable tragédie.

(3) Il y a même cette légende urbaine comme quoi Québec possèderait plus de kilomètres d’autoroutes (proportionnellement à sa population) que LA. J’aurais tendance à donner du crédit à cette légende.

(4) Une des critiques les plus virulentes de l’ouvrage, paru à la même époque que la sortie du livre, a été rendue par Peter Plagens dans la revue Artforum, Los Angeles: The Ecology of Evil. Mordant en son genre, mais le mépris ne peut faire autrement que de laisser dubitatif.

Tags The Architecture of Four Ecologies, Reyner Banham, Los Angeles, Architecture, Urban Landscape

Le savoir en son lieu

October 30, 2022 John Voisine
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Lieux de savoir—Les campus universitaires et collégiaux. Maurice Lagueux, Les presses de l’université de Montréal, 2021, 392 pages. Le format téléchargeable (PDF et epub) est en accès libre. [Lu en format PDF sur l’application Book d’Apple]

Il y a presque dix ans maintenant, j’avais eu la chance de travailler pour un campus universitaire au Québec. Cela demeure une de mes meilleures expériences de travail, pour le plaisir particulier de maitriser un environnement à la fois si vaste, mais restreint; un type de «ville dans la ville», avec toute sa complexité interne (pouvoir, politique, etc.) et limitation externe (l’interface avec le milieu urbain). Mais surtout pour le plaisir d’œuvrer en faveur d’une mission qui enrichit l’immédiat tout en favorisant l’émergence d’un avenir meilleur, en raison de l’enseignement et de l’expérimentation qui s’y déroule.

Se trouve aussi le plaisir de travailler pour la préservation et l’amélioration d’un cadre bâti véhiculant une mission qui va au-delà de sa fonctionnalité primaire. Bien sûr, cet environnement bâti y est plus contrôlé et dirigé par cette mission, certains dirons même limité par elle, par rapport à un milieu urbain équivalant. Mais justement, en raison des attributs de sa fonction, dédiés de façon singulière à l’enseignement supérieur, à la recherche scientifique, à l’exploration des limites et des frontières artistiques, esthétiques et plastiques, parfois même culturelles et morales, bref à repousser toujours plus loin l’ensemble de nos connaissances, les campus universitaires peuvent se révéler des pôles dynamiques et novateurs au cœur de leurs villes d’implantation.

Les campus universitaires ont pour la plupart traversé par plusieurs vagues d’ajustements et d’accommodations, autant sur le plan de l’organisation spatiale que fonctionnelles, le but étant toujours de mieux servir la compréhension contemporaine de leur mission première. C’est l’interprétation matérielle et physique des conditions optimales pour la prestation de cette mission universitaire, à différent moment de l’histoire, principalement dans le monde occidental, qui est à la base du contenu fascinant de ce livre de Monsieur Maurice Lagueux. L’auteur nous propose une tournée à travers l’histoire de ces lieux de savoir, autant sur le plan conceptuel, paysager, architectural et esthétique. Une diversité impressionnante existe dans la façon d’organiser et de conceptualiser, selon les contraintes du moment et des lieux d’implantation, la mission que se sont donnée les universités, et ce livre permet d’en faire le tour et la synthèse.

Sur les traces de Lieux de savoir

L’auteur va même jusqu’à explorer les divers sens des mots campus, université et le très ambigu collège, avec toutes ses nuances, surtout dans la sphère anglophone. Une ville peut-elle constituer un campus? On pense immédiatement à Oxford et Cambridge (Oxbridge), mais comme le démontre bien l’auteur, ce sont là des exceptions qui se rattachent à leur développement unique et si particulier, qui ne risquent pas de se reproduire. La plupart des universités se sont plutôt développées en tant que campus, parfois explicitement comme des lieux externes, en contraste à, ou même opposé à l’univers urbain. Mais la croissance étant ce qu’elle est, rares sont ces campus ayant gardé cette distance et encore plus rares sont ceux qui le veulent maintenant.

L’auteur prend aussi la peine de faire une typologie des campus et la genèse de leurs raisons d’être, que ce soit du classique organisé autour d’un green, d’un grand axe, en croix, en plan circulaire, en arborescence, en citadelle et j’en échappe. Les plus vigilants ont su garder une forme de lisibilité de leurs campus, de cette forme qui se voulait garante d’une certaine philosophie d’enseignement, de sa relation avec et entre les lieux et l’apprentissage, parfois même entre le personnel enseignant, de soutien et les étudiants. Mais il en va souvent du développement des campus comme il en va de celui des villes; il est bien difficile, et même pas toujours souhaitable, d’en contrôler toutes les composantes selon une idée d’origine.

Le cadre bâti autour du «noyau d’origine» d’un campus en dit souvent beaucoup sur les priorités et la symbolique qui se rattache à une institution. Cela peut parfois même transparaitre, comme le démontre un des chapitres, dans l’art public, interne et externe aux bâtiments sur un campus. Dans les dernières décennies, on assiste même à l’évolution de plusieurs bâtiments afin de les rendre plus flexibles, presque des hybrides en transformation constante, créant plusieurs occasions de collaborations et d’innovation pour les utilisateurs/occupants* et parfois les architectes.

En résumé, nul besoin d’avoir travaillé ou même étudier sur un de ces campus pour apprécier le contenu assez unique et exhaustif offert par cet ouvrage de Monsieur Lagueux.

*Le lecteur intéressé par ce phénomène particulier lira avec plaisir l’ouvrage de Monsieur Steward Brand, How Buildings Learn.

Tags Lieux de savoir, Maurice Lagueux, Campus universitaires, Architecture, Enseignement supérieur

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